Yomoni, gestion éclairée


Les statistiques sur le temps de travail en France ont toujours fait couler beaucoup d’encre, tant il est difficile de quantifier précisément les heures travaillées. D’un côté, l’enquête Eurostat 2015[1] sur la durée effective du travail des salariés à temps complet fait pointer la France bonne dernière, avec le temps de travail effectif le plus bas de toute l’UE. De l’autre, un cadre français travaillait en moyenne 44,1h par semaine en 2013 selon une étude[2] publiée par la Direction des études statistiques du ministère du Travail (Dares). C’est sensiblement plus que les employés (38,1h) ou les ouvriers (38h).

Postes à responsabilité et charge de travail élevée, frontières floues entre vie pro et vie perso, utilisation intensive des TNIC[3]... les cadres sont confrontés à de véritables défis organisationnels quand il s’agit de gérer leur temps et les raisons ne manquent pas.

Voici un tour d’horizon de la réalité des cadres en 2016, mais également quelques pistes de réflexion pour s’en sortir la tête haute !

Les horaires au travail versus les impératifs personnels

Dans le cadre de la semaine pour la qualité de vie au travail en 2014, une étude[4] insistait sur le fait que 27% des cadres interrogés ne pouvaient pas s’occuper assez de leurs enfants à cause de leurs impératifs professionnels. Dans 71% des cas, leurs horaires de travail les empêche même de prendre des rendez-vous personnels, par exemple pour se rendre chez le médecin.

Dans les détails, plutôt que de parler d’aménagement du temps de travail c’est souvent l’inverse qui se passe avec le débordement des horaires de travail sur le temps personnel. Ainsi, dans une enquête TNS-Sofres[5] de 2014, 38% des cadres interrogés ramènent régulièrement du travail à la maison. Ce n’est pas vraiment une surprise puisque la moitié des cadres[6] en 2016 travaille plus de 52 heures par semaine.

Adapter le rythme de travail lorsqu’on est en couple

C’est une tendance de fond : on observe en France de plus en plus de couple “bi-actifs”, c’est-à-dire que Madame fait carrière et Monsieur également. La sociologue Sandrine Meyfret y a consacré un ouvrage[7], et une récente étude[8] suggère que 77% des femmes cadres sont en couple avec un homme cadre.

On sort donc du modèle des générations antérieures avec une femme au foyer et un homme qui travaille à plein temps. Se posent et s’imposent de nouveaux rythmes et une nouvelle répartition des tâches au sein des couples.

La question se pose encore davantage dans la situation des cadres supérieurs, pour qui faire carrière signifie parfois sacrifier une large partie de leur vie privée. Du côté des femmes, une étude-fleuve[9] (en anglais) de la très côtée HBR - Harvard Business Review - indique que les femmes cadres sup’ ont les mêmes attentes que leurs collègues masculins. Bien qu’elles s’attendaient à un traitement égal à celui des hommes, beaucoup d’entre elles ont été déçues.

Réussir sa carrière quand on est en couple est-il une question d’organisation ? Une étude[10] édifiante publiée en 2014 et portant sur la condition des cadres dans la Fonction publique d’Etat suggère que le chemin vers l’égalité des sexes est long, les cadres fonctionnaires masculins faisant supporter par leurs compagnes l’essentiel des tâches familiales. Une option qui ne sera certainement pas retenue par la majorité des couples.

Trouver l’équilibre vie pro / vie perso, encore et toujours

Soyons clairs : trouver un équilibre entre sa vie professionnelle et sa vie privée, c’est aussi savoir où dresser la frontière entre les deux. Ce n’est pas toujours facile à l’ère de la digitalisation des tâches, entre les patrons qui confient un smartphone à leurs cadres pour être “toujours dispo” et la tendance du BYOD (Bring Your Own Device, ou comment chacun est libre de travailler avec son ordinateur personnel).

Cela peut sembler compliqué au premier abord, mais rétablir ces frontières peut en réalité s’apparenter à des tâches très concrètes : ne pas systématiser le travail à domicile, éteindre tous les jours son portable (pro) à la même heure, ne pas consulter ses emails le week-end, ou encore passer des vacances sans ordinateur ni téléphone. Il existe même des applications pour déconnecter, telles que Offtime[11]. C’est le moment d’établir votre “to-do list”.

Travailler autrement

Côté travail également, on peut dégager du temps “utile”. Tout le monde a ses limites, aussi il faut savoir déléguer et sanctuariser des temps morts. Qu’il s’agisse de pauses régulières ou d’un jour off par mois - pourquoi pas toujours le même - le but est de ne pas s’épuiser graduellement jusqu’au burn-out. Un bon manager sait également compter sur ses équipes, et valorise la délégation. Sans compter que faire évoluer son équipe fait bien souvent partie du job.

Une meilleure organisation du temps

Pour savoir où commencer, il vaut mieux dresser un état des lieux. Quelle part de mon temps suis-je au travail ? En train de dormir ? De m’occuper de mes enfants ? Les coachs personnels[12] suggèrent de se fixer des objectifs chiffrés : si on passe 50% de son temps au travail, 10% en tâches ménagères et 10% avec sa famille, comment doubler le temps - insuffisant - consacré à sa vie familiale ? Lever le pied au travail, embaucher quelqu’un pour faire le ménage ou repasser les chemises ? Les décisions se prennent parfois à deux, et c’est tant mieux : être heureux à la maison permet de repartir au travail du bon pied.


[1] Source
[2] Source
[3] Technologies Numériques de l’Information et de Communication
[4] Source
[5] Source
[6] Source
[7] Source
[8] Source
[9] Source
[10] Source
[11] Source
[12] Source