Yomoni, gestion éclairée

L’adage populaire dit qu’on ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre ;

C’est pourtant ce qu’a permis le fonds en euros depuis des années en offrant à la fois une garantie sur le capital investi (hors nantissement et acceptation du contrat par le bénéficiaire), la possibilité de récupérer son argent à tout moment et une rémunération intéressante.

Mais cette recette miracle semble ne plus fonctionner tant le contexte financier a changé ces dernières années.

En effet, l’argent versé sur l’actif garanti de l’assurance-vie, le fameux fonds en euros, doit être placé par les compagnies d'assurances de telle façon à procurer un rendement annuel en prenant le moins de risque possible.

C’est pourquoi les assureurs investissent majoritairement dans des obligations, des titres de dette émis par des Etats ou des entreprises moyennant le paiement d'intérêts. Selon la dernière analyse du cabinet spécialisé Good Value for Money, les obligations représentaient fin 2019 quasiment 80 % de la composition des fonds en euros classiques.

Les taux d’intérêt négatifs, la plaie de l’assurance-vie

Problème : ces titres rapportent de moins en moins. Depuis environ 40 ans, les taux d’intérêt ne cessent de baisser pour des raisons économiques et démographiques. De plus, depuis la crise financière de 2008, les banques centrales pratiquent une politique monétaire ultra-accommodante contribuant à écraser les taux de manière pérenne.

Un chiffre pour bien se rendre compte : l’OAT 10 ans (Obligation Assimilable au Trésor), qui reflète le taux auquel la France emprunte sur les marchés financiers pour une durée de dix ans, se montait à -0,157% le 17 août dernier, selon la Banque de France. Cela signifie que les prêteurs (dont les compagnies d’assurances) ne sont plus rémunérés pour prêter de l’argent à l’Etat pendant dix ans.

Pire, ils perdent de l’argent !

Et ce cas de figure est loin d’être isolé puisqu’au mois de juillet, le volume de dette à taux négatif dans le monde était estimé à 14 000 milliards de dollars. Pour faire face à cette difficulté, les assureurs ont diversifié leurs placements, en se dirigeant notamment vers les titres de dette émis par les entreprises, un peu mieux rémunérés car jugés plus risqués. Et ils profitent encore de la rémunération de titres acquis il y a de nombreuses années. Mais la tendance reste inexorable et placer sur les marchés l’argent collecté, un véritable dilemme.

C’est pourquoi le rendement du fonds en euros a connu une baisse tendancielle depuis plusieurs années, passant de 5,30% brut au début des années 2000 à environ 1,40% brut en 2019 (chiffres estimés).

Et les observateurs du marché s’attendent à une nouvelle baisse sur les taux qui seront versés au titre de 2020.

Des contraintes réglementaires pesantes

Autre difficulté qui s'ajoute dans la balance : les règles prudentielles liées à la directive européenne Solvabilité II que doivent respecter les assureurs. La baisse des taux d’intérêt a en effet comme conséquence d’augmenter significativement les besoins en fonds propres des compagnies pour respecter les normes en vigueur.

Et lorsque les taux tombent en territoire négatif, les besoins de fonds propres explosent.

C'est pourquoi les compagnies limitent progressivement l’accès au fonds en euros et cherchent à orienter les épargnants vers des solutions alternatives. Dès 2010, Axa innovait en mettant en place une politique de rémunération du fonds en euros comportant un bonus pour les clients investis en unités de compte (les fonds non garantis accessibles dans le contrat). Depuis, la pratique a fait tache d’huile, comme chez Swiss Life et Groupama notamment.

L’accès aux fonds en euros limité partout

Après la carotte, le bâton : ce sont ensuite purement et simplement des limites d’accès qui se sont répandues. A commencer par les fonds à dominante immobilière qui délivrent un rendement plus attrayant que les fonds classiques et sont donc plébiscités par les épargnants.

Investissant pour partie sur des actifs immobiliers de bonne qualité - un marché limité - ces fonds ne peuvent pas croître indéfiniment. Mais depuis septembre 2019, après une nouvelle vague de baisse des taux, les assureurs ont franchi le cap de contraindre l’accès aux fonds en euros classiques. Generali avait lancé l’offensive médiatique en annonçant fin septembre 2019 qu’il comptait limiter les versements sur le fonds en euros à 40% du montant investi et qu’il envisageait de rétablir des frais d’entrée sur le fonds en euros.

Depuis, de nombreuses compagnies sont passées à l’acte.

Allianz impose ainsi un minimum de 30 % d’unités de comptes non garanties en capital, y compris au sein des contrats des associations d’épargnants Gaipare et Asac-Fapès. Même exigence pour Suravenir sur son fonds en euros Suravenir Rendement. Chez Apicil, la contrainte est plus drastique avec un maximum de 50 % des versements placés sur le fonds en euros par exemple sur son contrat emblématique Frontière Efficiente.

Des mutuelles aussi s’y sont mises comme la Carac qui impose 25 % d’unités de compte sur son contrat Carac Profileo (mais qui commercialise un contrat monosupport en parallèle). Même la puissante association Afer n’a pu résister à l’instauration par Aviva d’un minimum de 30 % d'unités de compte pour les nouveaux contrats de plus de 100 000 euros.

Derniers mouvements en date : Spirica a pris une décision radicale en fermant ses fonds en euros aux nouvelles souscriptions. Yomoni ferme également l’accès à son P1, 100% fonds euros, et garde avec son P2 une offre défensive avec 80% de fonds euros.