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Guerre en Iran : drones, pétrole et marchés financiers, les enjeux du conflit

Guerre en Iran : drones, pétrole et marchés financiers, les enjeux du conflit

Notre chef économiste Olivier Malteste reviendra sur ces enjeux en direct sur BFM Business aujourd’hui, mercredi 4 mars à 17h05, pour décrypter les implications économiques et financières de la situation.

En quelques points :

  • L’utilisation des drones, déjà très présents dans la guerre entre la Russie et l'Ukraine, confirme peut-être un changement de nature.
  • La Chine, bien qu’alliée stratégique de l’Iran, a des intérêts à court terme alignés sur ceux des Etats-Unis.
  • Les actions européennes sont pour l’heure les plus impactées par le conflit.
  • Pour l’heure, la question centrale en termes d’allocation sur les marchés financiers reste la durée potentielle du conflit.

La guerre en Iran se transforme-t-elle en guerre d’attrition?

Cinq jours après le début de l'Opération “Epic Fury”, un constat s'impose : la réponse iranienne a surpris par son intensité et sa durée.

Selon les données compilées par Reuters à partir des déclarations officielles des ministères de la Défense des pays du Golfe, l'Iran a lancé au moins 1 326 drones sur les seuls États du Golfe en moins de cinq jours, un chiffre qui exclut l'Arabie Saoudite et Oman, lesquels n'ont pas communiqué de données. Les Émirats arabes unis ont été les plus visés, avec plus de 800 drones détectés. Ces chiffres ne comptabilisent pas les tirs vers Israël, l'Irak et la Jordanie.

Selon les estimations du renseignement israélien, l'Iran disposerait d'un stock de l’ordre de 80 000 drones, un chiffre à prendre avec prudence mais qui donne la mesure d'une capacité industrielle construite sur deux décennies. 

Selon Bloomberg, le renseignement américain qualifiait déjà début 2025 l'arsenal iranien de missiles et drones comme le plus important du Moyen-Orient. 

Un ingénieur seul pourrait assembler jusqu'à douze drones iraniens, les drones “Shahed” en dix heures dans un simple atelier, ce qui rend cette capacité de production particulièrement difficile à neutraliser par des frappes aériennes.

Derrière ces chiffres, c'est une équation économique redoutable qui se dessine. Un drone Shahed coûte entre 20 000 et 50 000 dollars. Le missile Patriot PAC-3 qui l'intercepte en coûte 3 à 4 millions. Difficile de tenir longtemps économiquement à ce rythme.

De plus, Bloomberg rapporte que les stocks de missiles Patriot du Qatar permettraient de tenir quatre jours au rythme actuel des attaques, tandis que Lockheed Martin ne produit qu'environ 600 PAC-3 par an.

Ces stratégies et réactions iraniennes confirment ce qu'on observe en Ukraine depuis quatre ans, où des drones valant quelques centaines de dollars peuvent détruire des chars à plusieurs millions de dollars. 

La guerre moderne est devenue une véritable guerre d'attrition économique et au moment où les Etats investissent de plus en plus dans leur défense, les thèmes d’investissement liés aux drones et aux moyens de s’en protéger méritent de s’y arrêter. 

Les Américains peuvent-ils paradoxalement s’appuyer sur la Chine?

La Chine a fermement condamné les frappes, qualifiant l'assassinat de Khamenei de "grave violation de la souveraineté iranienne" qui "piétine la Charte des Nations unies". En cela, l’intervention conjointe israélienne et américaine est venue se greffer dans le cadre d’un conflit plus global, la Chine et la Russie ayant d’ailleurs conjointement demandé une réunion d'urgence du Conseil de sécurité.

Mais en coulisses, Pékin joue une partition très différente. Bloomberg révèle ainsi que la Chine fait activement pression sur l'Iran pour préserver la libre circulation dans le détroit d'Ormuz. Selon des cadres dirigeants de sociétés gazières étatiques chinoises, Pékin aurait demandé à Téhéran de ne pas cibler les pétroliers et méthaniers transitant par le détroit, ni les infrastructures d'exportation du Qatar. 

Lundi, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères a déclaré publiquement que "le détroit d'Ormuz et ses eaux adjacentes constituent une route commerciale internationale vitale pour les marchandises et l'énergie" et que "préserver la sécurité et la stabilité de cette région sert les intérêts communs de la communauté internationale". C'est l'appel le plus direct à ce jour du premier partenaire économique de l'Iran.

Il faut garder en tête que près de 45 % des importations totales de pétrole chinois transitent par le détroit d'Ormuz. Le pétrole iranien représente environ 13 % des importations chinoises de brut par voie maritime, et plus de 80 % du pétrole iranien exporté va vers la Chine. Plus critique encore, le Qatar fournit environ 30 % des importations chinoises de GNL et représente un cinquième de l'offre mondiale. Or lundi, la plus grande installation d'exportation de GNL au monde a annoncé stopper sa production, après une frappe de drone iranien, une première en près de trente ans d'exploitation.

Pékin se retrouve donc dans une position paradoxale : allié stratégique de l'Iran, premier acheteur de son pétrole, il est aussi potentiellement l'une des principales victimes économiques de la stratégie iranienne de fermeture du détroit. 

Pour l'investisseur, la pression chinoise sur le détroit d'Ormuz constitue probablement l'indicateur le plus sous-estimé de ce conflit. 

Si Pékin, en tant que premier partenaire commercial et “bouée de sauvetage économique” de l'Iran, parvient à maintenir le détroit fonctionnel, le choc énergétique restera temporaire et gérable. Si cette influence échoue, le scénario bascule vers une crise d'approvisionnement potentiellement comparable à celle des années 1970, inflationniste et qui pourrait modifier les stratégies des banques centrales. 

Marchés : les actions européennes sont les plus impactées

Alors que les marchés semblaient jusqu'à présent extrêmement résilients face aux risques géopolitiques, le déclenchement du conflit et la vigueur de la réponse iranienne ont eu un impact significatif en ce début de semaine. Les actifs américains, qui depuis l'année dernière semblaient avoir perdu, dollar en tête, leur statut de valeur refuge, résistent pourtant mieux que les autres. Ainsi, à la clôture d'hier et depuis le début du conflit, le dollar a progressé d'un peu moins de 2 %. Du côté des actions, les actions américaines ne perdent que 0,9 % et, grâce à l'effet de change, progressent même de 1,1 % en euros. Les indices mondiaux reculent de 2,2 % en devises locales et de 0,3 % en euros, tandis que les actions émergentes perdent 3,3 % en euros et 5,5 % en devises locales. Ce sont les actions européennes qui souffrent le plus, en recul de 5,5 %, pénalisées notamment par les craintes liées à la hausse des prix de l'énergie : le gaz s'envole et le pétrole progresse de 13,5 % en euros.

Les taux à 10 ans américains sont légèrement remontés, passant de 3,96 % à 4,06 % hier soir. Il y a un mois, les anticipations du marché concernant la décision de la banque centrale américaine allaient dans le sens d'une baisse probable des taux lors de la réunion de juin. Désormais, la probabilité d'un statu quo est de près de 63 %.

Notre positionnement

La grande inconnue, et la question centrale pour le positionnement à adopter, est celle de la durée de ce conflit.

Si celui-ci se prolonge, il pourrait être pertinent de renforcer la protection des portefeuilles diversifiés. Toutefois, la séance d'hier montre que les marchés ont déjà en grande partie intégré une résistance iranienne plus importante qu'initialement anticipé. Si l'utilisation massive et les stocks présumés de drones et de missiles iraniens font peser le risque d'une guerre plus longue qu'espérée, la position chinoise pourrait, au contraire, jouer dans le sens d'un apaisement du conflit.

Nous étions repassés neutres en termes de positionnement actions/obligations au début de l'année et nous avions plus récemment clôturé notre position baissière sur le dollar. De plus, nous sommes sous-exposés aux actions de la zone euro, ce qui nous protège partiellement depuis le début du conflit. Nous restons évidemment particulièrement attentifs à l'évolution des marchés, mais il nous paraît trop tôt pour modifier ces allocations.

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