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Liberation Day : le grand retour du protectionnisme américain

Liberation Day : le grand retour du protectionnisme américain

Le 2 avril 2025, Donald Trump a proclamé un « Liberation Day », présenté comme le début d’une nouvelle ère pour l’économie américaine. Le président américain a annoncé l’instauration de droits de douane massifs sur presque toutes les importations. Cette décision marque un tournant majeur dans la politique commerciale des États-Unis, et entraînera des conséquences très concrètes, en particulier pour les consommateurs américains.

Un droit de douane est une taxe appliquée sur les produits importés. Concrètement, lorsqu’un bien entre sur le territoire américain, une somme est prélevée à la frontière et ajoutée à son coût. Ce sont ensuite les entreprises importatrices qui répercutent cette hausse de prix tout au long de la chaîne, jusqu’au client final. Résultat : les produits concernés deviennent plus chers. Cela ne concerne pas uniquement des biens « lointains » ou de luxe ; cela inclut aussi des vêtements, de l’électronique, des jouets, des pièces automobiles ou encore certains aliments. À chaque fois qu’un produit franchit la frontière, il est plus coûteux, et c’est bien souvent le consommateur qui en supporte le prix.

Le plan de Donald Trump s’articule autour de deux étapes. Dès le 5 avril, un tarif de base de 10% s’appliquera à presque toutes les importations. Puis à partir du 9 avril, des surtaxes différenciées viendront s’ajouter. L’Union européenne sera soumise à un tarif de 20%, le Japon à 24%, et la Chine à un impressionnant 34%, s’ajoutant à des droits préexistants de 20%, portant le total à 54 %. Le Vietnam écope de 46%, Taïwan et la Thaïlande de 36%, le Bangladesh de 37%, et certains territoires comme le Cambodge atteignent 49%. À l’inverse, des pays comme le Royaume-Uni ou Monaco sont taxés à 10 %, soit le minimum prévu.

Cette vague tarifaire épargne toutefois deux pays: le Mexique et le Canada. Les produits échappent aux nouvelles taxes s’ils respectent les règles de l’accord de libre-échange nord-américain, l’USMCA. En clair, si une part suffisante du bien a été produite localement, aucun droit de douane ne s’applique. En revanche, les produits qui ne respectent pas ces critères sont taxés plus lourdement, jusqu’à 25 %. Certaines matières premières, comme l’énergie ou la potasse, bénéficient d’un taux réduit de 10 %. Ce traitement différencié vise à préserver les échanges au sein du continent nord-américain, où les chaînes de production sont étroitement liées.

Ces écarts de taxation entre pays ne sont pas arbitraires. Ils s’appuient sur un rapport rédigé par l’administration américaine, censé mesurer le niveau de « protectionnisme » de chaque partenaire. Le calcul tient compte de nombreux éléments : les taxes à l’import, les subventions publiques, les normes, la fiscalité locale ou encore les excédents commerciaux avec les États-Unis. Le principe affiché est celui de la « réciprocité » : appliquer aux autres ce qu’ils appliquent aux États-Unis. Mais dans la pratique, la méthode de calcul reste opaque, et les résultats parfois surprenants. Des pays à faible influence économique écopent de taux records, pendant que d’autres s’en sortent avec un traitement plus clément.

L’objectif affiché est simple : freiner les importations, relancer la production locale, et selon les mots du président, "reprendre en main notre destin industriel". En théorie, en rendant les produits étrangers plus chers, les entreprises américaines deviennent plus compétitives. Mais la réalité est plus complexe. Dans une économie mondialisée, de nombreuses entreprises américaines dépendent de composants venus de l’étranger pour produire localement. Lorsque ces composants deviennent plus chers, soit elles augmentent leurs prix, soit elles acceptent une baisse de leurs marges, soit elles ralentissent leur production. Dans tous les cas, le coût remonte jusqu’au consommateur et pourrait modifier en profondeur les équilibres économiques et industriels existants.

Ces droits de douane représentent également un risque important pour le pouvoir d’achat des ménages américains. En alourdissant la facture sur des milliers de produits du quotidien, ils alimentent une hausse des prix généralisée, ce que les économistes appellent l’inflation importée. Cette inflation est d’autant plus problématique que les ménages américains restent très dépendants de la consommation pour soutenir la croissance du pays. Si les prix augmentent plus vite que les salaires, la consommation ralentit, ce qui fragilise à son tour l’ensemble du tissu économique.

Donald Trump affirme que ces taxes douanières pourraient rapporter jusqu’à 600 milliards de dollars par an, et permettre de financer des baisses d’impôts. C’est une approche purement comptable, qui suppose que les importations resteront au même niveau malgré la hausse des prix, ce qui est peu probable. En pratique, une partie des importateurs pourrait cesser d’acheter certains biens, ou chercher à les contourner, ce qui réduirait les recettes fiscales attendues. Quant aux relocalisations, elles prendront des années à se mettre en place, et nécessitent des investissements colossaux, sans garantie de succès.

En proclamant le "Liberation Day", Donald Trump cherche à imposer un récit simple : celui d’un retour au patriotisme économique, d’une Amérique qui protège ses usines et ses travailleurs. Mais ce récit ne dit pas tout. Les États-Unis ouvrent la voie à une forme d’isolement commercial, à rebours de la logique de coopération et d’échange qui a prévalu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les conséquences ne se feront pas sentir du jour au lendemain. Mais elles s’installeront progressivement, dans les prix des biens, dans les arbitrages des entreprises, et dans les décisions de politique économique que devront prendre les autres pays en réponse.

Quelle a été la réaction des marchés ?

Comme nous le savons et le répétons souvent, il est prudent de se méfier des réactions immédiates des marchés suivant une annonce ou un événement d'importance. Cela dit, bien qu'il soit nécessaire de garder une certaine distance avec ces premières réactions, souvent excessives, nous ne devons pas les ignorer. Elles offrent en effet un aperçu de l'interprétation "réflexe" des marchés quant aux impacts à moyen terme des récentes annonces de Donald Trump.

Les mesures tarifaires annoncées par Donald Trump sont particulièrement sévères et dépassent largement les anticipations du marché. Toutefois, le fait qu'elles soient présentées en deux phases suggère que, si les 10% de taxes s’appliquant à tous semblent fermes et durables, les surtaxes spécifiques sont négociables, suivant la "culture du deal" chère à Trump.

Face à des annonces plus dures que prévu, la réaction des marchés a été prompte et significative. 

Sur le front des actions, nous avons observé une baisse notable. 

L'augmentation des droits de douane, en freinant et renchérissant le commerce mondial, pèse incontestablement sur la croissance globale. De plus, le risque d'une escalade tarifaire en réaction augure d'une persistance de l'incertitude à court terme. Ainsi, les actions internationales en euro ont reculé de 5,3 % (3,7 % en devises locales), tandis que les actions américaines ont subi une baisse de 6,5 %. Par contraste, la zone euro et les marchés émergents, bien que directement affectés par ces droits de douane, ont mieux résisté avec des baisses de 2,9 % et 2,5 % respectivement.

Côté taux et devises, nous observons une chute des taux longs et une dépréciation marquée du dollar. 

Les taux à 10 ans aux États-Unis ont reculé d'environ 0,10 %, passant de 4,125 % à 4,036 %, et ceux en Allemagne de 0,08 %, de 2,72 % à 2,64 %. Ces mouvements traduisent une crainte dominante de ralentissement économique plutôt qu'une simple réaction inflationniste aux droits de douane. 

Quant au dollar, son mouvement notable mérite une analyse approfondie. La devise a connu une forte baisse, passant de 1,0845 à 1,1045 contre l'euro en une seule journée. Historiquement, une hausse des droits de douane dans un pays, de par son côté inflationniste, tend à renforcer sa monnaie, atténuant ainsi l'impact des taxes imposées. Toutefois, dans ce cas précis, le dollar s'est déprécié, ce qui peut sembler contre-intuitif. Cela confirme la crainte sur la récession aux Etats-Unis, plutôt que sur l’impact inflationniste.

Cette baisse suggère également que, le dollar étant traditionnellement considéré comme une valeur refuge, les investisseurs n'anticipent pas une récession à l'échelle mondiale. Si une telle récession était perçue comme probable, nous aurions pu observer une appréciation du dollar, les investisseurs se tournant vers des actifs jugés plus sûrs face à une instabilité globale. Les craintes du marché semblent donc actuellement concentrées sur l'économie américaine plutôt que mondiale. 

Les mouvements observés sur les actions, les obligations et les devises reflètent une situation où le marché ne voit pas encore de menace de récession à grande échelle, mais reste prudent face aux risques spécifiques aux États-Unis.

Comment sommes-nous positionnés dans les portefeuilles et que surveillons-nous ?

Depuis le début de l'année, nous conservons une approche neutre en termes de risque. Nos allocations sont stratégiquement surpondérées en actions américaines, mais nous avons progressivement diminué notre exposition aux valeurs technologiques, en substituant une partie de notre exposition aux indices actions américains pondérés par la capitalisation par des indices équipondérés. Cette stratégie diversifie davantage le risque. En anticipation du plan de relance allemand, nous avions également accru notre exposition aux actions européennes, réduisant ainsi partiellement notre vulnérabilité globale aux actions américaines. Nous avons par ailleurs un engagement sectoriel sur les valeurs financières.

Pour l'instant, nous maintenons cette position de neutralité, bien que nous n'excluons pas de réajuster notre exposition aux actions au profit des obligations, qui offrent une protection accrue, si les probabilités d'une récession se renforcent. Étant donné les significatives fluctuations dans les discours de Donald Trump et la structure biphasée du plan tarifaire, il est plausible qu'une modération de ton puisse susciter un rebond vigoureux des marchés. Dans ce contexte qui reste et restera volatile, nous sommes extrêmement vigilants et prêts à ajuster nos expositions sans avoir, à ce stade, modifier nos positions.

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