Chaque lundi, notre équipe de Gestion analyse et commente les marchés financiers. Quelle est la situation sur la semaine passée ? Quelles actualités faut-il retenir?
Source : @Bloombeg LP
Macroéconomie 🔎
- Aux États-Unis, l'ensemble des données disponibles montre un net ralentissement du marché de l'emploi américain. Les chiffres ADP et JOLTS sont tous deux bien inférieurs aux anticipations, suggérant un affaiblissement significatif de la demande de travail. Le rapport ADP sur l'emploi privé montre des créations d'emploi en janvier en baisse et nettement inférieures aux attentes, avec 22 000 emplois créés contre 46 000 prévus. De même, le rapport JOLTS montre une baisse des offres d'emploi, avec 6,542 millions d'offres en décembre contre 7,2 millions attendues et 6,928 millions en novembre. Aucun chiffre officiel du rapport NFP ni de taux de chômage n'a été publié en raison du shutdown gouvernemental initié le 31 janvier, créant une incertitude supplémentaire pour les marchés financiers et la politique monétaire de la Fed.
- L'indice PMI manufacturier de l'ISM bondit de 47,9 à 52,6, passant ainsi en zone d'expansion. Il était attendu à 48,5. L'indice PMI non manufacturier de l'ISM se maintient également au-dessus des attentes à 53,8 contre 53,5 attendu.
- Le GDPNow de la Fed d'Atlanta pour le quatrième trimestre reste stable à 4,2%.
- L'indicateur de confiance des consommateurs de l'Université du Michigan (lecture finale de janvier) montre une hausse, passant de 52,9 en décembre à 56,4 contre 54 attendu, marquant le niveau le plus élevé depuis août 2025.
- En zone euro, l'inflation s'éloigne de la cible et passe à 1,7% contre 1,9% en décembre. L'inflation core, quant à elle, baisse également à 2,2% contre 2,3% en décembre, alors qu'elle était attendue stable. Les prix à la production reculent de 2,1% en rythme annuel contre 2,3% attendu. Les ventes au détail se contractent davantage que les estimations au mois de décembre, reculant de 0,5% contre 0,2% attendu.
- Le PMI manufacturier s'améliore légèrement plus que prévu, passant de 48,8 en décembre à 49,5 en janvier contre 49,4 attendu. Le PMI des services, en revanche, se dégrade, passant de 52,4 à 51,6 en janvier contre 51,9 attendu.
Résultats d'entreprises 📈
- Palantir a vu ses résultats salués par la Bourse. Les performances ont largement dépassé les attentes des analystes, tant en termes de bénéfice par action que de chiffre d'affaires. Les prévisions de l'entreprise pour 2026 se sont également révélées très supérieures au consensus. La semaine qui a suivi s'est toutefois avérée plus difficile, à l'instar de nombreuses valeurs technologiques.
- AMD a largement battu le consensus avec ses résultats trimestriels, mais le titre a néanmoins été chahuté en Bourse. Bien que les perspectives annoncées pour le premier trimestre aient également été supérieures aux attentes, certains investisseurs s'inquiètent d'un potentiel ralentissement de la dynamique par la suite.
- Alphabet a publié des résultats supérieurs aux attentes, mais a surtout surpris le marché par l'ampleur de ses investissements dans l'intelligence artificielle, que l'entreprise entend presque doubler en 2026 par rapport à 2025. Ce niveau d'investissement a suscité l'inquiétude du marché, qui s'interroge sur la capacité du groupe à rentabiliser de tels engagements capitalistiques.
- Amazon a publié des résultats légèrement inférieurs au niveau du bénéfice par action, mais supérieurs concernant le chiffre d'affaires. L'entreprise a néanmoins, comme Alphabet, surpris le marché par l'ampleur de ses investissements en intelligence artificielle. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les investisseurs s'inquiètent de la capacité de l'entreprise à rentabiliser ces investissements.
- BNP Paribas a publié de très bons résultats et rehaussé son objectif de rentabilité pour 2028. La banque n'a passé aucune provision concernant le litige soudanais. Pour rappel, un jury populaire américain a condamné la banque à indemniser trois réfugiés soudanais en octobre dernier, la jugeant complice d'exactions datant de plus de quinze ans. La banque a fait appel et l'absence de provision sur ce dossier témoigne de sa confiance dans l'issue favorable de cette procédure.
- Crédit Agricole a publié des résultats supérieurs aux attentes en termes de chiffre d'affaires, mais a déçu les prévisions des analystes concernant les charges d'exploitation et les provisions, notamment en raison de l'augmentation des coûts liés à ses activités italiennes. Le titre a donc logiquement reculé après la publication des résultats.
- Société Générale a battu les attentes des analystes et a présenté les meilleurs résultats de son histoire, avec des revenus et un bénéfice net records. La Bourse s'est néanmoins montrée mitigée et a entraîné le titre à la baisse en raison du repli de ses activités de marché au quatrième trimestre, notamment dans les métiers de taux, crédit et change.
Banques centrales 💰
- Comme anticipé, la Banque centrale européenne a maintenu ses taux directeurs inchangés, décision adoptée à l'unanimité. Ce statu quo, bien que largement attendu par les marchés, ne fait pas consensus auprès de certains investisseurs qui soulignent que la vigueur de l'euro face au dollar exerce une pression désinflationniste susceptible de faire passer l'inflation durablement sous la cible des 2%. Christine Lagarde a confirmé que cette question avait été abordée lors de la réunion, tout en minimisant la menace à court terme. L'inflation publiée en début de semaine s'établissait à 1,7%, principalement en raison d'effets de base favorables. Pour l'instant, les marchés n'intègrent toujours aucune baisse de taux au cours de l'année 2026, même si cette probabilité s'est légèrement accrue.
- Concernant la Fed, l'incertitude a été amplifiée par la nomination surprise de Kevin Warsh par Donald Trump. Réputé pour sa posture restrictive et sa priorité accordée à la lutte contre l'inflation, ce choix pourrait modifier la trajectoire de la politique monétaire américaine. Toutefois, un marché de l'emploi en forte décélération pourrait contraindre l'institution à reprendre son cycle d'assouplissement. Le shutdown déclenché le 31 janvier nous a néanmoins privés des données officielles du département du Travail attendues vendredi. Les indicateurs privés font quant à eux état d'un net ralentissement des offres d'emploi. À ce stade, la probabilité d'une baisse de taux lors de la prochaine réunion du 18 mars reste faible, bien qu'en légère hausse, et demeure inférieure à 20%. Scott Bessent a indiqué récemment qu'il n'anticipait pas une réduction rapide du bilan de la banque centrale, celle-ci se donnant vraisemblablement un an avant de définir sa stratégie. Le probable futur président de la Fed est connu pour avoir critiqué à maintes reprises les programmes d'achats d'obligations de l'institution.
- Comme prévu, la Banque d'Angleterre a maintenu ses taux directeurs inchangés à 3,75% face à une inflation toujours supérieure à l'objectif. Le consensus s'est toutefois révélé plus fragile qu'anticipé : sur les 9 membres votants, 4 banquiers se sont prononcés en faveur d'une baisse des taux, contre 2 attendus selon les prévisions.
Performances 📊
- En euros, les actions internationales affichent une légère progression de +0,3%, masquant toutefois un léger repli de -0,1% en devises locales. La semaine a été marquée par la forte performance des actions japonaises (+2,3% en euros), suivies par la zone euro qui gagne +0,9%. Les actions américaines s'inscrivent dans la moyenne de l'indice international avec une hausse de +0,3%, tandis que les marchés émergents reculent de -1%.
- Sur le plan sectoriel, la consommation de base s'illustre avec un bond de +6,2%, l'énergie poursuit son rally avec +3,6% et l'industrie affiche une solide hausse de +3,5%. À l'inverse, le secteur technologique abandonne -1,2%, la consommation discrétionnaire chute de -2,7% et les télécommunications accusent la baisse la plus marquée à -3,8% (performances en euros).
- Du côté des marchés obligataires, les taux longs américains se détendent légèrement : le 10 ans passe de 4,24% à 4,21%. En Allemagne, la stabilité demeure avec le Bund 10 ans inchangé à 2,85% et le CMS 10 ans à 2,86%. Le spread OAT-Bund reste contenu à 60 points de base.
- Les matières premières présentent des trajectoires divergentes : le pétrole recule d'un peu moins de -4%, alors que l'or se redresse vigoureusement avec un rebond de près de +5% sur la semaine.
- Sur le marché des changes, le dollar regagne du terrain et la paire EUR/USD glisse de 1,1850 à 1,1817.
À suivre cette semaine 💡
- Semaine dense en publications macro-économiques de part et d'autre de l'Atlantique.
- Aux États-Unis, nous surveillerons particulièrement l'évolution des ventes au détail et des stocks des entreprises, indicateurs clés de la santé de la consommation américaine.
- Concernant les données d'emploi, la situation reste incertaine : le rapport NFP de janvier, initialement prévu le 6 février, a été retardé en raison du shutdown gouvernemental qui a paralysé le BLS du 31 janvier au 4 février. Bien que le financement fédéral soit désormais rétabli, aucune nouvelle date officielle n'a encore été communiquée par le Bureau of Labor Statistics. Cette incertitude constitue un risque supplémentaire pour les marchés qui évoluent actuellement avec une visibilité réduite sur la dynamique du marché du travail. On espère avoir les données le 11 février
- Les chiffres de l'inflation (CPI) restent également à confirmer, tout comme une éventuelle mise à jour du GDPNow de la Fed d'Atlanta. Nous suivrons aussi les ventes de logements existants, baromètre essentiel du marché immobilier résidentiel.
- En Europe, les estimations flash du PIB seront publiées jeudi 13 février pour la zone euro, offrant un premier aperçu de la croissance du quatrième trimestre 2025.
- Du côté des résultats d'entreprise, la semaine s'annonce riche avec entre autres Cisco, mercredi 11 février avec ses résultats trimestriels dans un contexte de forte demande pour les infrastructures IA et Hermès, jeudi 12 février avec ses résultats annuels 2025, test important pour le secteur du luxe.
