Chaque lundi, notre équipe de Gestion analyse et commente les marchés financiers. Quelle est la situation sur la semaine passée ? Quelles actualités faut-il retenir?
Source : @Bloombeg LP
La Cour Suprême annule une majeure partie des droits de douane
- La Cour Suprême a finalement tranché par 6 voix contre 3 et a jugé illégaux les droits de douane réciproques dévoilés le 2 avril, puis ceux instaurés contre le Mexique, le Canada et la Chine dans le cadre de la lutte contre le trafic de fentanyl. En revanche, les droits de douane instaurés sur l’acier, l’aluminium, l’automobile, le cuivre, etc., et argumentés par la sécurité nationale, restent en vigueur.
- Dès vendredi, Donald Trump a annoncé instaurer des droits de douane de 10 % pour 150 jours, puis a remonté le taux le lendemain à 15 % tout en maintenant les exemptions existantes. Ces nouveaux droits de douane entreront en vigueur demain.
- Avant l’annulation, le taux de droit de douane effectif moyen était de 16 %. L’annulation fait repasser le taux moyen à 9,1 % d’après l’université de Yale. Le taux remontera à 13,7 %.
- La réaction des marchés a été très modérée face à cette situation qui pourrait faire renaître de l’incertitude.
Macroéconomie 🔎
- Aux États-Unis, grosse déception sur les chiffres prévisionnels du PIB pour le quatrième trimestre qui ont été publiés en croissance de 1,4 % contre des estimations à 2,8 % et une croissance de 4,4 % au troisième trimestre. En cause notamment, le shutdown le plus long de l’histoire des États-Unis, qui aurait, selon le BEA, coûté 1 % de PIB. De plus, on peut noter également la baisse des exportations qui se perçoit dans ces chiffres de croissance.
- La balance commerciale du mois de décembre montre un déficit qui s’est accru par rapport au mois de novembre, passant de -53 milliards à -70,3 milliards de dollars. Sur l’ensemble de l’année, la croissance américaine a atteint 2,2 %, soit une croissance robuste. Au quatrième trimestre, c’est la consommation des services qui a particulièrement soutenu la croissance alors que la consommation des biens a chuté. Vient ensuite l’investissement, deuxième contributeur à la croissance, essentiellement dans le domaine de l’IA.
- L’inflation core PCE quant à elle s’établit à 3 % contre 2,9 % attendu et 2,8 % en novembre. Les PMI prévisionnels sont en baisse et sous les attentes, que ce soit pour le PMI manufacturier ou le PMI des services, à respectivement 51,2 et 52,3.
- L’indice manufacturier de l’Empire State de la Fed de New York pour le mois de février baisse moins qu’attendu à 7,1 contre 6,4 attendu et 7,7 en janvier.
- Du côté du marché immobilier, les chiffres prévisionnels des permis de construire de décembre, des mises en chantier de décembre et des ventes de logements également en décembre sont tous trois en hausse et meilleurs qu’attendu.
- Les chiffres prévisionnels de commandes de biens durables du mois de décembre montrent que celles-ci se sont moins contractées que les attentes à -1,4 % contre -1,8 % attendu. Les chiffres core quant à eux sont également meilleurs qu’attendu avec une croissance de 0,9 % contre des attentes de 0,3 %. La production industrielle en janvier a progressé de 0,7 % contre 0,4 % attendu.
- Enfin, du côté des indices du Michigan, les anticipations d’inflation par les consommateurs diminuent à 3,4 % sur un an et 3,3 % sur 5 ans. En revanche, la confiance des consommateurs progresse moins qu’attendu à 56,6 en février contre 56,4 en janvier et 57,3 attendu.
- Au Royaume-Uni, le taux de chômage s’établit comme attendu en légère hausse à 5,2 % en décembre après 5,1 % en novembre. En revanche, la productivité au travail a été publiée bien meilleure qu’attendu. Elle s’améliore en effet de 1,1 % au troisième trimestre alors que les économistes l’attendaient en contraction de -0,6 %.
- L’inflation s’établit comme attendu à 3 % en janvier après 3,4 % en décembre. L’inflation core baisse également mais légèrement moins que les anticipations en s’établissant à 3,1 % en rythme annuel en janvier contre 3 % attendu et 3,2 % en décembre. Les ventes au détail progressent de 1,8 % en janvier, soit nettement plus que les 0,2 % attendus et les 0,4 % du mois de décembre. De même, les ventes au détail principales progressent de 5,5 % contre 3,6 % attendus.
- En zone euro, la production industrielle de décembre a été publiée en baisse de -1,4 %, comme attendu. En Allemagne, l’indice ZEW du sentiment économique baisse en passant de 59,6 en janvier à 58,3 en février alors qu’on l’attendait en amélioration à 65,8. L’indice ZEW pour la zone euro au global traduit la même chose avec un indice en baisse par rapport à janvier à 39,4 alors qu’il était attendu en hausse à 45,2.
- Les chiffres prévisionnels du PMI composite en février sont meilleurs qu’attendu à 51,9. C’est dû à la composante manufacturière qui progresse plus que les attentes et s’établit à 50,8, plus haut de 44 mois, repassant donc en zone d’expansion. Les prix se contractent de -0,3 % comme attendu en France en janvier.
- Au Japon, la croissance au quatrième trimestre a fortement déçu. Attendue à 0,4 %, elle s’établit finalement à 0,1 % uniquement et celle du troisième trimestre a été révisée en contraction de -0,7 %. En revanche, l’inflation en janvier s’établit comme attendu à 2 % après 2,4 % en décembre.
Banques centrales 💰
- Du côté de la BCE, la semaine aura été marquée par des rumeurs de démission de Christine Lagarde avant la fin de son mandat. Si la fin de son mandat est prévue pour octobre 2027, après la démission surprise de François Villeroy de Galhau à la Banque de France il y a une dizaine de jours, le Financial Times a annoncé que la présidente de l’institution pourrait faire de même. Celle-ci a démenti en indiquant que son scénario de base était de terminer son mandat, ce qui laisse évidemment planer le doute.
- À noter que la BCE a infligé à la banque JP Morgan une sanction de 12,2 millions d’euros pour avoir fourni des données fausses sur ses besoins en capitaux. Elle a également sanctionné le Crédit Agricole d’une amende de 7,55 millions d’euros pour avoir tardé à fournir les informations relatives aux risques climatiques et environnementaux.
- La Fed a publié ses minutes, le compte rendu de sa dernière réunion de politique monétaire qui avait laissé les taux directeurs inchangés. Le discours est resté très prudent, même si plusieurs membres ont indiqué que des baisses de taux pouvaient être envisagées si l’inflation reculait comme prévu. Toutefois, la majorité des participants ont estimé que le marché du travail semblait se stabiliser et que les risques se réduisaient. Selon l’institution, l’activité économique reste très solide et cela devrait continuer en 2026. Dans un cas extrême, certains membres ont même évoqué la possibilité de monter les taux d’intérêt, le risque d’une inflation durablement au-dessus de la cible étant jugé significatif.
Performances 📊
- En euros, les actions internationales affichent une hausse de 1,8 % en euros et de 1 % en devises locales. Ce sont les actions de la zone euro qui progressent de 2,9 % sur la semaine et qui tirent le marché à la hausse, alors que les actions américaines progressent de 1,9 % en euros. Les marchés émergents, quant à eux, progressent de 1,6 % en euros alors que les actions japonaises ont connu des prises de profit après leur excellent parcours depuis le début de l’année et reculent de -1,3 % en euros.
- Sur le plan sectoriel, les trois secteurs qui ont dominé la semaine sont les télécommunications avec une performance de +2,9 %, les actions financières à +2,5 % et la technologie à +2,4 %. À l’inverse, la santé ne progresse que de 0,5 %, les services aux collectivités de 0,1 % et les biens de consommation courante reculent de -0,6 % (performances en euros).
- Du côté des marchés obligataires, les taux longs américains sont globalement stables, le 10 ans passant de 4,06 % à 4,09 %, la croissance américaine bien plus faible qu’attendu venant vraisemblablement compenser l’annulation d’une grande partie des droits de douane. En Allemagne, les taux baissent très légèrement, passant de 2,76 % à 2,74 % et le CMS 10 ans de 2,77 % à 2,75 %. Le spread OAT-Bund diminue légèrement à 56 points de base.
- Les matières premières présentent des trajectoires divergentes : le pétrole progresse d’environ 6 % alors que l’or progresse d’un peu moins de 1 %.
- Sur le marché des changes, le dollar remonte légèrement et la paire EUR/USD baisse de 1,1869 à 1,1782.
À suivre cette semaine 💡
- Cette semaine, les yeux du marché seront rivés, comme tous les trimestres, sur les résultats de Nvidia. À un moment où, comme régulièrement, les investisseurs s’inquiètent des valorisations et des investissements effectués par les entreprises technologiques dans le domaine de l’IA, ces publications sont très importantes car elles pourraient soit rassurer le marché, soit au contraire l’inquiéter davantage.
- Aux États-Unis, nous surveillerons l’évolution des commandes à l’industrie mais surtout la confiance des consommateurs du Conference Board, attendue en hausse à 87,6 contre 84,5 en janvier.
- En zone euro, nous suivrons l’indice IFO du climat des affaires en Allemagne, les chiffres d’inflation et le PIB allemand.
- Enfin, au Japon, nous prendrons connaissance vendredi des chiffres de l’inflation et de la production industrielle.
