Chaque lundi, notre équipe de Gestion analyse et commente les marchés financiers. Quelle est la situation sur la semaine passée ? Quelles actualités faut-il retenir?
Source : @Bloombeg LP
Point sur la situation au Moyen-Orient
Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé une campagne aérienne conjointe massive contre l'Iran, tuant le Guide suprême Khamenei dès les premières heures. En neuf jours, plus de 3 000 cibles ont été frappées et la marine iranienne a été déclarée hors de combat. L'Iran a riposté bien au-delà des attentes, frappant dix pays avec plus de 500 missiles balistiques et 2 000 drones — touchant les aéroports de Dubaï et Koweït, des hôtels, des ports et des installations gazières au Qatar. Le détroit d'Ormuz est de facto fermé au trafic commercial, non par blocus naval mais par le simple retrait des assurances maritimes et quelques frappes de drones à bas coût. Le Hezbollah a rejoint le conflit le 2 mars. À ce stade, la Chine et la Russie condamnent mais n'interviennent pas.
Fait majeur du week-end : l'Assemblée des Experts iraniens a désigné Mojtaba Khamenei, fils du Guide suprême assassiné, comme nouveau dirigeant suprême de l'Iran. Âgé de 56 ans, proche de l'IRGC et sans aucune expérience publique, sa nomination ,qualifiée d'« inacceptable » par Trump, signale une continuité de la ligne dure et semble éloigner tout espoir de négociation rapide. Le ministre iranien des Affaires étrangères a d'ailleurs rejeté tout cessez-le-feu dimanche. Parallèlement, Israël a commencé à frapper les infrastructures pétrolières iraniennes pour la première fois, avec d'imposants incendies visibles sur des dépôts de stockage à Téhéran.
La clef pour les marchés reste la durée du conflit, et les signaux de ce week-end ne sont pas rassurants. Le Brent a franchi les 110 dollars le baril ce lundi matin en Asie, en hausse d'environ 20 % par rapport à la clôture de vendredi, sa plus forte ouverture journalière depuis 1988. Il a brièvement touché 119,50 dollars. Le seuil psychologique des 100 dollars, franchi dimanche soir, n'avait pas été atteint depuis 2022. Les marchés asiatiques réagissent violemment : le Nikkei chute de 7,5 %, la Corée du Sud de 8,1 %, les futures S&P 500 reculent de 2,1 %. Tant que le détroit reste fermé, les perturbations s'accumulent : l'Irak a coupé 1,5 Mb/j de production, le Qatar a suspendu son GNL, et Barclays avertit que les réductions pourraient s'étendre aux EAU et à l'Arabie saoudite. Plus le conflit dure, plus le choc d'offre pétrolier se transmet à l'inflation, repoussant les baisses de taux attendues et comprimant les marges des entreprises exposées aux coûts de l'énergie.
Sur les marchés actions, les États-Unis surperforment nettement, l'Amérique étant productrice nette de pétrole et relativement isolée du choc énergétique. Le vrai risque pour les actions n'est pas le conflit en tant que tel mais le retour de l'inflation qu'il engendre, un scénario stagflationniste où les banques centrales se retrouveraient paralysées, incapables de baisser les taux pour soutenir la croissance sans alimenter la hausse des prix.
Notre positionnement, équilibré en actions dans les profils diversifiés, sous-pondéré en valeurs européennes, résiste bien dans ce contexte. La nomination de Mojtaba Khamenei et le rejet iranien du cessez-le-feu rendent le scénario d'une résolution rapide moins probable qu'en fin de semaine dernière. Il peut être tentant de réduire les expositions actions au profit du cash, notamment pour contrer la remontée des taux. Mais si Trump recule et que le conflit s'arrête, un rebond très rapide des actions européennes et une détente des taux sont à attendre.
Nous avons relativement bien traversé la première semaine du conflit sur le plan des performances. Nous suivons la situation avec une extrême attention et une grande prudence et nous vous tiendrons informés des éventuelles modifications d'allocation.
Macroéconomie 🔎
- Aux États-Unis, l'économie a détruit 92 000 emplois en février, alors que le consensus attendait une création de 58 000 postes. Le chiffre de janvier a été révisé en légère baisse, de 130 000 à 126 000. Le taux de chômage remonte à 4,4 % contre 4,3 % attendu, tandis que le salaire horaire moyen progresse de 0,4 % sur le mois, au-dessus des 0,3 % anticipés. Les ventes au détail de janvier se contractent de 0,2 %, un peu mieux que les -0,3 % attendus. L'ISM manufacturier recule modérément, de 52,6 à 52,4 contre 51,7 attendu. C'est surtout l'ISM des services qui surprend positivement, publié à 56,1 contre 53,8 en janvier et 53,5 attendu. La productivité du secteur non agricole progresse de 2,8 % au quatrième trimestre, bien au-dessus des 1,9 % anticipés, mais le coût unitaire du travail suit la même dynamique à 2,8 % contre 2,0 % attendu. Le GDPNow de la Fed d'Atlanta recule de 3,0 % à 2,1 %.
- En zone euro, l'inflation préliminaire de février ressort en hausse à 1,9 % contre 1,7 % attendu. L'inflation sous-jacente accélère également, de 2,2 % en janvier à 2,4 % en février. La croissance annuelle au quatrième trimestre s'établit à 1,2 %, légèrement sous les 1,3 % attendus. Le taux de chômage recule à 6,1 %. Le PMI manufacturier repasse en zone d'expansion à 50,8 en février contre 49,5 en janvier. Le PMI des services progresse très légèrement, de 51,8 à 51,9 en février, laissant le composite stable à 51,9. Les ventes au détail de janvier se contractent de 0,1 %, décevant le consensus de +0,3 %.
- Au Japon, le taux de chômage augmente à 2,7 % contre 2,6 % attendu. En Chine, les PMI déçoivent légèrement : le manufacturier passe de 49,3 à 49,0 contre 49,1 attendu, et le non-manufacturier de 49,4 à 49,5 contre 49,8 attendu.
Banques centrales 💰
- Le compte rendu de la dernière réunion de la BCE a été publié. Le consensus a été total concernant le maintien des taux inchangés. Si la plupart des membres perçoivent des risques équilibrés sur l'inflation, un groupe notable estime que les risques sont plutôt orientés à la baisse. La hausse actuelle des prix de l'énergie pourrait toutefois faire évoluer cette perception. Le thème le plus développé dans ces minutes concerne la Chine, avec une pression désinflationniste potentielle liée à des importations en forte hausse en volume. Sur la croissance, la résilience a été soulignée, mais un certain nombre de fragilités, dont le taux d'épargne élevé des ménages, ont été relevées. L'institution soulignait déjà en février que les prix du pétrole et du gaz avaient augmenté depuis décembre, et que le stockage de gaz en Allemagne était tombé à 30 % de sa capacité, soit 25 points sous la moyenne historique saisonnière. La situation s'est depuis amplifiée. La BCE a de nouveau insisté sur le besoin de conserver une optionnalité totale dans les deux sens, précisant que cette patience ne devait pas être interprétée comme de l'hésitation. Pour l'heure, les marchés n'anticipent pas de mouvement de taux avant 2028, et dans le sens d'une hausse.
- Du côté de la Fed, la crainte est celle d'une stagflation. D'un côté, l'emploi se dégrade avec 92 000 destructions de postes en février ; de l'autre, le pétrole atteint 90 dollars le baril. Les colombes souhaiteront baisser les taux pour protéger l'emploi, tandis que les faucons s'inquiéteront du risque inflationniste. Christopher Waller adopte une position intermédiaire : la clef est la durée du conflit. Si la situation se débloque en quelques semaines, l'impact restera ponctuel. Si elle perdure, elle se diffusera à d'autres secteurs de l'économie et il faudra agir sur l'emploi dès que d'autres chiffres confirmeront la faiblesse du marché du travail. Le marché n'anticipe pas de baisse de taux avant septembre selon l'outil FedWatch du CME.
Performances 📊
- En euros, les actions internationales reculent de 1,9 % (et de 3,7 % en devises locales). Dans le contexte du conflit en Iran et du blocage du détroit d'Ormuz, les actions américaines résistent avec une baisse limitée à 0,1 % en euros (−2,0 % en dollars). Les actions japonaises perdent 4,9 % en euros, suivies par les émergents à −5,1 %. Ce sont les actions de la zone euro qui souffrent le plus : −6,5 % sur la semaine, le CAC 40 et les actions espagnoles cédant respectivement 6,8 % et 7,0 %.
- Du côté des matières premières, le pétrole a bondi de près de 30 % et dépasse les 90 dollars le baril. L'or recule d'environ 1,7 % sur la semaine, subissant des prises de bénéfices et surtout la hausse du dollar.
- Sur le marché des changes, le dollar a retrouvé son rôle de valeur refuge et s'est apprécié de 1,7 % face à l'euro, la paire EUR/USD passant de 1,1814 à 1,1618.
À suivre cette semaine 💡
- L'élément central sera évidemment l'évolution du conflit avec l'Iran et du prix du pétrole. Sur le plan macroéconomique, un certain nombre de publications sont au programme. Elles auront vraisemblablement moins d'impact qu'en temps normal, mais il convient de les suivre : ces indicateurs reprendront toute leur importance dès que la situation géopolitique se stabilisera.
- Aux États-Unis, nous surveillerons l'inflation de février ainsi que le core PCE, attendu en fin de semaine à 2,8 % contre 3,0 % précédemment. Nous prendrons également connaissance de la balance commerciale et du GDPNow de la Fed d'Atlanta.
- En Europe, le regard se tournera vers l'Allemagne avec les commandes à l'industrie, la production industrielle et les chiffres d'inflation. L'inflation française sera publiée en fin de semaine, tandis que le Royaume-Uni communiquera ses données de croissance.
- En Asie, nous suivrons la croissance du Japon au quatrième trimestre 2025 ainsi que l'évolution de la balance commerciale chinoise.
