Chaque lundi, notre équipe de Gestion analyse et commente les marchés financiers. Quelle est la situation sur la semaine passée ? Quelles actualités faut-il retenir?
Source : @Bloombeg LP
Point de situation sur le conflit en Iran
Le 28 février 2026, une nouvelle phase de tensions majeures s'est ouverte avec la reprise des hostilités militaires entre l'axe USA/Israël et l'Iran. Cette offensive, baptisée « Operation Epic Fury », marque une rupture avec les interventions ciblées de 2025 par son intensité et ses objectifs politiques. Contrairement à la « guerre des 12 jours » de juin dernier, l'administration américaine vise explicitement un changement de régime à Téhéran et a déjà procédé à l'élimination du Guide suprême ainsi que de plusieurs hauts dirigeants militaires. L'administration américaine semble vouloir éviter tout enlisement, préférant des interventions rapides pour atteindre ses objectifs politiques.
Notre scénario central anticipe un impact macroéconomique contenu, s'inscrivant dans la lignée des précédentes escalades de 2024 et 2025. Si une volatilité temporaire des prix de l'énergie est observée, l'effet sur la croissance mondiale devrait rester marginal, estimé à environ 0,2 point d'activité pour un choc durable de 10 % sur le Brent. L'isolement diplomatique actuel de l'Iran limite par ailleurs les risques de contagion régionale. À ce stade, nous privilégions l'hypothèse d'une opération de courte durée, conformément à la stratégie affichée par les États-Unis, ce qui devrait circonscrire les effets sur l'économie réelle. Bien qu'un maintien durable du baril au-delà de 100 $ représenterait un risque majeur pour l'inflation et la production industrielle, cette éventualité ne constitue pas, à l'heure actuelle, notre hypothèse de travail.
L'élément à suivre dans le conflit sera notamment le maintien de l’activité de transport pétrolier en mer Rouge et dans le détroit d’Ormuz. Le transport maritime est de facto suspendu pour le moment. Bien que le détroit ne soit pas officiellement fermé par un blocus physique total, les compagnies maritimes et les assureurs ont suspendu les passages en raison des risques de frappes et du coût prohibitif des assurances. Environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole est actuellement bloquée derrière ce goulot d'étranglement et doit désormais changer d’itinéraire, allongeant ainsi les délais d’approvisionnement.
A l’ouverture des marchés ce lundi matin, le cours du pétrole à dépassé brièvement les 80$ (soit une hausse d’environ 8%), le gaz progresse plus fortement de 20% et l’or a augmenté d’environ 2%. Les marchés actions reculent entre 1% et 2% selon les zones géographiques mais se sont rapidement stabilisés à ces niveaux, confirmant que le marché intègre une prime de risque géopolitique plus importante mais sans pour autant tabler sur des scénarios plus graves. Le secteur de l'énergie a ouvert en positif ce matin, et représente environ 3% de nos profils 100% actions (P10). La plupart des taux longs sont restés stables à l’ouverture ce matin, ce qui permet aux obligations de remplir leur rôle défensif dans les portefeuilles équilibrés.
Concernant la structure de nos portefeuilles, nous maintenons une position neutre entre actions et obligations sur les profils équilibrés (P6). Cette prudence fait suite à notre décision de réduire l'exposition au risque dès le mois de janvier, estimant que les risques géopolitiques n'étaient pas bien pris en compte par le marché . En complément, notre surexposition au secteur de la santé joue actuellement son rôle d'amortisseur face à la volatilité actions. Enfin, la correction plus marquée des indices européens ce lundi matin valide notre choix de sous-exposer cette zone géographique au profit des actions américaines, qui résistent mieux pour le moment.
Soyez assuré que nous suivons en temps réel l'évolution de la situation géopolitique ainsi que ses répercussions sur les marchés financiers. Grâce à la réduction de l'exposition au risque opérée dès janvier et à notre sélection de secteurs défensifs comme la santé, vos portefeuilles sont structurés pour traverser cette période d'incertitude. Nous restons extrêmement vigilants et n'hésiterons pas à ajuster tactiquement vos allocations si l'évolution des événements le justifiait. Nous reviendrons vers vous avec une analyse détaillée dès que la situation l'exigera.
Macroéconomie 🔎
- Aux États-Unis, la dichotomie entre la vitalité de la demande et la persistance des pressions inflationnistes s'est accentuée cette semaine.
- Du côté de la confiance, l’indice du Conference Board pour février a largement battu le consensus en s’établissant à 91,2 (contre 87 attendu). À noter que le chiffre de janvier a été révisé à la hausse, passant de 84,5 à 89, confirmant un moral des ménages bien plus solide qu'estimé initialement.
- La dynamique des prix en amont de la chaîne de valeur aux États-Unis a réservé une surprise de taille en ce début d'année. L’inflation « core » (hors alimentation et énergie) a bondi de 0,8 % en janvier par rapport au mois précédent, soit près du triple des attentes du marché qui tablait sur 0,3 %. Ce chiffre marque l'accélération la plus brutale depuis juillet 2025, après un mois de décembre déjà révisé à la hausse (0,6 %).
- Dans le détail, cette tension est généralisée : les prix des biens de demande finale (hors énergie et alimentation) progressent de 0,7 % (contre 0,4 % en décembre), tandis que les services maintiennent une trajectoire élevée à +0,8 %. En rythme annuel, la surchauffe se confirme avec une accélération à 3,6 % (contre 3,3 % en décembre), s'écartant nettement du consensus qui visait une stabilisation autour de 3 %. Cette vigueur retrouvée des prix à la production constitue un point de vigilance majeur, car elle pourrait peser sur les marges des entreprises ou se répercuter prochainement sur les prix à la consommation.
- Le Canada inquiète avec une croissance du PIB en rythme annualisé qui s'enfonce à -0,6 %, là où le marché espérait une stagnation (0 %).
- En Europe, l’Allemagne offre des signaux d’amélioration, tant sur le plan du moral que de la stabilité des prix. L’indice IFO du climat des affaires progresse à 88,6 en février, dépassant marginalement les attentes (88,4) après un mois de janvier à 87,6.
- En Asie, la situation au Japon reste complexe. La production industrielle rebondit à 2,2 % en janvier, mais ce chiffre déçoit fortement par rapport aux attentes des économistes qui tablaient sur un bond de 5,3 % après la contraction de -0,1 % en décembre.
- Côté prix, l’inflation cœur de février s’établit à 1,8 %, soit légèrement au-dessus du consensus (1,7 %). Si l'on observe la trajectoire sur les derniers mois (passant de 2,8 % à 2,3 %, puis 2,0 % et enfin 1,8 %), la désinflation se poursuit, mais à un rythme un peu moins rapide que prévu, ce qui maintient la Banque du Japon dans une position d'observation prudente.
- Du côté de l’inflation, en Allemagne elle repasse sous la barre symbolique des 2 % pour s’établir à 1,9 % en rythme annuel (contre 2 % attendu et 2,1 % en janvier).
- L’inflation française ressort à 1 % (vs 0,8 % attendu), marquant une remontée après plusieurs mois de plancher (0,9 %, 0,8 % et 0,3 %).
- En Espagne, elle s'établit à 2,3 %, dépassant également les prévisions (2,2 %). Ces résistances locales compliquent l’équation de la BCE qui espérait une convergence uniforme.
Banques centrales 💰
- Le gouverneur de la Fed Stephen Miran a adopté une posture résolument agressive en préconisant quatre baisses de taux dès cette année soit une réduction de 100 pb de préférence « le plus tôt possible ». Peu inquiet de l'essor du crédit privé qu'il attribue à la surrèglementation bancaire, il s'est montré optimiste sur l'IA y voyant un moteur de « destruction créatrice » capable de générer des catégories d'emplois encore inédites. Un discours qui contraste avec la prudence actuelle du reste du comité.
- Au sein de la BoJ, Hajime Takata, membre du Conseil des gouverneurs et ancien économiste du secteur privé, appelle à un « changement de braquet » rapide, estimant la cible d’inflation enfin atteinte. Seul dissident en janvier (prônant 1,0 % contre 0,75 %), ce faucon notoire s'inquiète des pressions budgétaires de la Première ministre et de la faiblesse du yen. Son offensive accentue la pression sur Kazuo Ueda, alors que le marché redoute que la BoJ ne se retrouve « derrière la courbe ».
- Enfin à la BoE, le gouverneur Andrew Bailey se dit ouvert à une baisse de taux le 19 mars si les preuves de désinflation se confirment. Le comité reste scindé : l'économiste en chef Huw Pill privilégie la prudence alors qu'Alan Taylor plaide pour un retour au taux neutre, n'excluant pas de passer sous les 3 % en cas de récession avérée.
Performances 📊
- Les actions internationales terminent la semaine en territoire légèrement positif, progressant de 0,1% en euros et 0,4% en devises locales. On observe toutefois des disparités régionales marquées. On pourra noter la surperformance des actions émergentes, finissant la semaine à +2,5% en euros, suivies de près par les actions japonaises clôturant à +2,4%. L’Europe progresse de +0,6% également sur la semaine. En revanche, les actions américaines marquent le pas en reculant de -0,8% à la suite des résultats de Nvidia. Ces derniers, bien qu'au-dessus des attentes et confirmant toujours la forte croissance, n’ont pas su convaincre les investisseurs ce qui a entrainé des prises de bénéfices massives sur l’ensemble du secteur technologique.
- Côté sectoriel, les matériaux et les services publics progressent fortement, de +3,2% et +3,1% respectivement en euros. Le secteur de la santé finit en hausse également à +1% sur la semaine. Enfin, les secteurs qui ont pesé sur les indices internationaux sont le secteur de la technologie de l’information (-2,2%) et celui des financières (-1,3%).
- Sur le marché obligataire, la plupart des taux long principaux ont reculé sur la semaine. Le 10 ans américain passe de 4,07% à 3,94%, renforçant le mouvement débuté la semaine précédente. Ce mouvement a principalement eu lieu en fin de semaine, avec une rotation des investisseurs vers les actifs moins risqués au détriment, notamment, des actions technologiques. Les taux allemands ont suivi la même dynamique, reculant de 2,73% à 2,65%. Le spread entre le bund et l’OAT 10 ans reste stable sur la semaine autour de 57 points de base. Enfin, le CMS 10 ans finit la semaine à 2,67%.
- Sur le plan des matières premières, le pétrole augmente légèrement de 1,4% alors que l’or clôture en hausse de 3%.
- Enfin, sur le marché des changes, l’EUR/USD est passé de 1,1782 à 1,1812.
À suivre cette semaine 💡
- Aux Etats-Unis, nous suivrons de près la publication de l’ISM attendue toujours en territoire d’expansion à 52,3 pour le PMI manufacturier et 54 pour le PMI service. Nous regarderons également les chiffres sur l’emploi, d’abord grâce aux chiffres de l’ADP pour le secteur privé suivi par le rapport NFP vendredi 6 mars. Nous aurons également le Beige Book de la Fed qui sera déterminant pour les anticipations de la politique monétaire à moyen terme.
- En zone Euro, nous aurons l’inflation et l’inflation cœur pour février, attendues respectivement à 1,7% et 2,2%. Nous aurons également les PMI pour la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et pour la Zone Euro.
