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Perspectives & actualités : 23 au 27 mars 2026

Perspectives & actualités : 23 au 27 mars 2026

Chaque lundi, notre équipe de Gestion analyse et commente les marchés financiers. Quelle est la situation sur la semaine passée ? Quelles actualités faut-il retenir?

Source : @Bloombeg LP

Point d’étape à un mois du début du conflit en Iran

Donald Trump vient de laisser un nouveau délai à l’Iran pour poursuivre les négociations. Alors que le déploiement militaire américain continue de s’intensifier, le président américain donne, une nouvelle fois, l’impression de temporiser. Les marchés restent extrêmement sensibles à cette alternance de fermeté et d’ouvertures diplomatiques. On l’a encore vu ces derniers jours : au moindre signal de désescalade, le pétrole corrige brutalement, les taux se détendent un peu et les actions rebondissent ; mais cette accalmie reste fragile, car Téhéran conteste régulièrement la réalité et la portée de ces discussions.

Un mois, presque jour pour jour, après le déclenchement du conflit, le 28 février, l’heure est donc au premier bilan. L’objectif est à la fois de mesurer les effets immédiats sur les marchés, de prendre un peu de recul sur la séquence actuelle, et d’essayer d’anticiper ce qui pourrait se jouer dans les prochaines semaines.

Demain, le conflit “fêtera” son premier mois. L’occasion de faire un bilan des impacts sur le marché, d’essayer de prendre un peu de recul et d’anticiper l’impact à moyen terme

Les performances de l’essentiel des différentes classes d’actifs ne surprennent pas.

Les performances de l’essentiel des différentes classes d’actifs ne surprennent pas vraiment. L’impact de la guerre en Iran, de la quasi-paralysie du détroit d’Ormuz et de la volonté iranienne d’élargir le conflit ont provoqué une réaction de marché cohérente avec ce que l’on pouvait attendre d’un choc énergétique majeur. Ainsi, sur un mois, le pétrole, qui avait déjà commencé à monter avant même l’embrasement du conflit, a bondi de plus de 50 % et évolue désormais très souvent au-dessus de la barre symbolique des 100 dollars le baril. 

Face aux risques inflationnistes liés à la hausse des coûts de l’énergie, les taux longs sont remontés. Aux États-Unis, le 10 ans s’est hissé de 3,96% à 4,46 %, tandis que le 30 ans est passé de 4,63% à 4,96%. En Europe, le mouvement est comparable : le Bund allemand à 10 ans est au-dessus des 3% et les taux de l’OAT française à 10 ans ont augmenté de 3,22% à 3,80%. Autrement dit, les obligations, qui sont habituellement censées jouer un rôle d’amortisseur dans les phases d’aversion au risque, ont elles aussi souffert.

On peut également noter que l’écart entre les taux français et allemands s’est creusé, passant de 0,57% à 0,74%,  ce qui traduit une remontée de la prime de risque spécifique à la France. Cela ne change pas la nature du choc principal, qui reste énergétique et inflationniste, mais cela rappelle que dans un environnement de tensions globales, les fragilités propres à chaque pays réapparaissent plus vite.

Le dollar, lui, a retrouvé un rôle de valeur refuge. Sa hausse reste modérée (2,6% l’euro-dollar passant de 1,1814 à 1,1510 sur la période), mais le signal est clair : alors qu’il avait été fragilisé ces derniers mois, notamment lors des épisodes de tensions commerciales, il redevient dans cette crise l’actif de repli naturel des investisseurs. C’est un élément important, car il montre que, malgré tout, le système financier continue de se réfugier d’abord vers les actifs libellés en dollars quand le risque géopolitique devient extrême.

Du côté des marchés actions, la baisse est marquée et, là aussi, riche d’enseignements. Les places les plus exposées au choc énergétique et à la perspective d’un ralentissement industriel ont davantage souffert, notamment en Europe. À l’inverse, les actions américaines résistent relativement mieux, en partie grâce au soutien du dollar et à une structure sectorielle plus favorable. 

Ainsi, si les actions mondiales perdent 6% en euros, la baisse en devises locales s’étend à -8,4%.
Ce sont les actions européennes qui souffrent le plus, les actions allemandes perdant -11,8%, le CAC 40 français -10,2% et les actions de la zone euro dans leur ensemble - 9,6%. Les actions japonaises et les actions émergentes, en euros, perdent respectivement -7,6% et -8,2%.
Et ce sont donc les actions américaines qui résistent le mieux en ne perdant “que” -4,8% en euros et -7,3% en dollars.

Au niveau sectoriel, l’énergie reste logiquement la grande gagnante de l’épisode (+15,5% en euros depuis le début du conflit), tandis que les secteurs les plus sensibles au cycle ou aux coûts de production subissent davantage de pressions comme les matériaux (-10,1% en euros), l’industrie (-8,7% en euros) et les télécommunications (-8,5% en euros)

Seul l’or se révèle finalement être une surprise

La vraie surprise de cet épisode reste sans doute l’or. Considéré comme la valeur refuge par excellence, surtout lorsque resurgit un risque inflationniste, il n’a cette fois pas pleinement joué son rôle. Au contraire, il a fortement reculé sur la période (-15% environ). Cela s’explique par la combinaison d’un dollar plus fort, d’une remontée rapide des rendements obligataires et d’un marché qui commence à intégrer l’idée que les banques centrales pourraient rester plus fermes plus longtemps. En d’autres termes, dans l’immédiat, la hausse des taux réels a davantage pesé sur l’or que le risque géopolitique ne l’a soutenu.

Nous arrivons à une zone de basculement potentielle : surveillez le pétrole évidemment mais surtout les taux américains!

Un mois après le début du conflit, le sentiment de marché pourrait basculer. 

Tant que les investisseurs ont le sentiment que le conflit reste contenu dans le temps, les actifs risqués peuvent espérer se stabiliser. 

C’est aussi pour cela que les hésitations de Donald Trump méritent d’être lues à travers le prisme des marchés. Il cherche évidemment à éviter une envolée supplémentaire du pétrole, mais il a aussi tout intérêt à empêcher une nouvelle tension sur les taux d’intérêt américains. 

Nous savons depuis longtemps que le niveau des taux longs est un sujet central pour l’économie américaine, pour l’immobilier, pour le refinancement de la dette et, plus largement, pour la crédibilité économique de l’administration Trump. Nous l’avons notamment concrètement observé l’année dernière avec les droits de douane. Dans ce contexte, la zone des 4,5 % sur le 10 ans américain et celle des 5 % sur le 30 ans sont devenues des seuils particulièrement sensibles.

Au début du conflit, Donald Trump avait parlé d’une opération pouvant s’étaler sur 4 ou 5 semaines. Nous sommes donc toujours dans le calendrier “normal” tel qu’énoncé par le président américain au début du déclenchement du conflit. Mais cela signifie que passé une semaine, l’opération pourrait être vue comme un échec.

Ainsi, Washington continue de renforcer son dispositif militaire. Reuters rapportait d’abord l’envoi attendu de 3 000 à 4 000 soldats supplémentaires au Moyen-Orient ; puis le Wall Street Journal, cité par Reuters, a indiqué que le Pentagone envisageait désormais un déploiement pouvant aller jusqu’à 10 000 hommes supplémentaires. 

Risquons-nous de vivre pour nos placements une année similaire à 2022 ?

Ce début d’année 2026 rappelle forcément 2022. À l’époque, la guerre entre la Russie et l’Ukraine avait déclenché un choc énergétique, alimenté l’inflation, fait monter fortement les taux d’intérêt et provoqué une baisse simultanée des marchés actions et obligataires. C’est précisément ce caractère exceptionnel, la chute conjointe des deux grands moteurs traditionnels de diversification d’un portefeuille , qui avait rendu 2022 si douloureuse pour les investisseurs. Cette comparaison vient donc naturellement à l’esprit aujourd’hui.

Faut-il craindre de revivre ce scénario en 2022 ?

Il faut garder en tête que le point de départ de la politique monétaire est aujourd’hui très différent. En 2022, les banques centrales partaient de taux extrêmement bas, voire négatifs en zone euro. Aujourd’hui, la Fed maintient ses Fed funds dans une fourchette de 3,50 % à 3,75 %, tandis que la BCE évolue déjà avec des taux nettement plus élevés qu’au sortir de la pandémie. Autrement dit, une partie du durcissement monétaire a déjà eu lieu.

Surtout, le contexte macroéconomique n’est plus le même. En 2022, nous sortions d’une phase exceptionnelle de réouverture post-Covid, avec une demande encore très forte, des chaînes d’approvisionnement désorganisées et un marché de l’emploi en surchauffe. Cela facilitait la transmission d’un choc énergétique vers les prix, puis vers les salaires. Aujourd’hui, la situation est différente : le marché du travail est plus équilibré, la demande est moins dynamique, les politiques budgétaires sont moins expansionnistes et les banques centrales elles-mêmes estiment qu’il n’existe pas encore de preuve de véritables effets de second tour.

Ainsi, même si le point de départ et la première réaction des marchés rappellent l’année 2022, le contexte de fond est sensiblement différent. Le marché de l’emploi s’est normalisé, la consommation est plus fragile et les entreprises auront probablement davantage de mal à répercuter leurs hausses de coûts sans détruire de la demande. À cela s’ajoutent deux forces potentiellement désinflationnistes à moyen terme : les gains de productivité liés au déploiement de l’intelligence artificielle, et la pression concurrentielle exercée par des importations chinoises massives en Europe. Le parallèle avec 2022 est donc utile, mais il ne doit pas devenir un réflexe mécanique. 

Macroéconomie 🔎

  • Aux Etats-Unis, les indices PMI prévisionnels de mars traduisent une divergence entre les deux pans de l'économie. Le PMI manufacturier surprend positivement en grimpant de 51,6 à 52,4, bien au-dessus du consensus de 51,5. À l'inverse, le PMI des services déçoit en reculant de 51,7 à 51,1, alors qu'il était attendu en légère hausse à 52.
  • Les signaux d'alerte sur le coût du travail se multiplient. Le coût unitaire de la main-d'œuvre au quatrième trimestre bondit de 1% à 4,4%, tandis que la productivité du secteur non agricole n'augmente que de 1,8% contre 2,8% attendu.
  • L'indice final du Michigan pour mars confirme et amplifie le signal négatif envoyé par les données préliminaires. La confiance des consommateurs est révisée en nette baisse à 53,3 contre 55,5 en données préliminaires et 56,6 en février. Plus préoccupant encore, les anticipations d'inflation à un an bondissent de 3,4% à 3,8%, leur plus forte hausse mensuelle depuis avril 2025.
  • En Allemagne, l'indice IFO du climat des affaires recule en mars à 86,4 contre 88,4 en février, un chiffre toutefois légèrement meilleur que les 86,2 attendus. L'indice prévisionnel du PMI composite se replie de 53,2 à 51,9, faisant mieux que le consensus de 51,8. Si la composante services baisse plus qu'attendu (de 53,5 à 51,2), le PMI manufacturier crée la surprise en progressant de 50,9 à 51,7, très au-dessus des 49,6 anticipés.
  • En France, l'indice composite préliminaire passe de 49,9 à 48,3, entraîné par une chute de la composante services (de 49,6 à 48,3). En revanche, la composante manufacturière résiste et progresse marginalement de 50,1 à 50,2, alors qu'elle était attendue en repli.
  • Au Royaume-Uni, l'indice des prix à la consommation de février progresse de 0,4% comme attendu. L'inflation sous-jacente ressort toutefois légèrement au-dessus des attentes, à 0,6% contre 0,5% anticipé. Les ventes au détail ralentissent moins que prévu, avec une progression de 2,5% contre 2,1% attendu.
  • L'inflation japonaise de février ralentit à 1,3% contre 1,5% en janvier. L'inflation sous-jacente est publiée à 1,6% contre 1,7% attendu et 2% en janvier. Un reflux qui contraste avec les tensions inflationnistes observées dans le reste du monde développé.

Banques centrales 💰

  • La semaine a donné lieu à de nombreuses déclarations post-réunion de politique monétaire. Le fait marquant est l'émergence d'une divergence de ton transatlantique de plus en plus prononcée.
  • Côté Fed, le discours reste celui d'un statu quo prudent, très dépendant des publications macroéconomiques, avec un biais neutre à légèrement accommodant. Le message global : la politique monétaire est correctement positionnée et il est encore trop tôt pour mesurer les impacts durables du conflit au Moyen-Orient. Parmi les prises de parole, celle de Stephen Miran se distingue. Toujours favorable à une baisse des taux, il a également estimé que la banque centrale pourrait réduire son bilan de 1 000 à 2 000 milliards de dollars, un processus qui prendrait des années et nécessiterait plusieurs étapes. Un sujet à suivre de près, d'autant que le prochain président de la Fed, Kevin Warsh, a historiquement été favorable à une réduction du bilan de l'institution. Le marché ne s'attend pas encore à des hausses de taux aux États-Unis sur l’année mais n’anticipe plus de baisse.
  • Le ton est sensiblement différent du côté de la BCE. Christine Lagarde a ouvert la porte à des hausses de taux, même si la poussée inflationniste devait s'avérer temporaire. Si le dépassement de la cible d'inflation était « important mais pas trop persistant », l'ajustement pourrait être « mesuré ». Mais si l'inflation devait s'éloigner durablement de la cible, la réponse devrait être « plus forte ou plus persistante ». Elle a par ailleurs rappelé que l'engagement à atteindre 2% d'inflation à moyen terme était « inconditionnel ».
  • Le marché a pris acte de ce virage « hawkish ». Il anticipe désormais une hausse de 0,25% lors de la réunion du 30 avril, une autre le 10 juin, et une troisième pourrait potentiellement se produire le 28 octobre.

  Performances 📊

  • Nouvelle semaine de baisse sur les marchés actions. En euros, les actions internationales reculent de -1,1% (-1,5% en devises locales). Le Japon et la zone euro résistent bien sur la semaine, avec des performances respectives de +0,5% et +0,2% pour un investisseur européen. Les actions émergentes cèdent -1,3%. Ce sont les actions américaines qui souffrent le plus, une fois n'est pas coutume, avec un repli de -1,7% en euros (-2,1% en dollars).
  • Sur le plan sectoriel (performances en euros), l'énergie poursuit sa trajectoire haussière (+4,9%). Les matériaux s'offrent un beau rebond (+4,2%) et les services aux collectivités s'adjugent +2,1%. Les trois secteurs les plus pénalisés sont la consommation discrétionnaire (-1,2%), la technologie (-2,9%) et les télécoms, qui reculent fortement de -5,9%.
  • La tension sur les taux se poursuit. Le 10 ans américain passe de 4,39% à 4,44%, se rapprochant du seuil symbolique de 4,50%. Les taux 30 ans flirtent avec les 5%. En Europe, le 10 ans allemand grimpe de 3,04% à 3,10% et le CMS 10 ans de 3,07% à 3,17%. Le spread OAT-Bund reste relativement stable à 74 points de base.
  • Le pétrole reste extrêmement nerveux. Il termine la semaine relativement stable, mais la volatilité est très élevée, les variations dépendant au jour le jour des déclarations et des développements militaires. L'or cède un peu plus de 2% sur la semaine.
  • Sur le marché des changes, le dollar se raffermit légèrement face à l'euro, la paire EUR/USD passant de 1,1571 à 1,1510.

À suivre cette semaine

  • La semaine sera de nouveau très marquée par la guerre en Iran. Sur le plan macroéconomique, c'est la première semaine du mois : nous aurons donc aux États-Unis les grands rendez-vous de l'emploi. Le rapport JOLTS des offres d'emploi de février, les créations d'emplois ADP de mars (attendues en baisse à 42 000 contre 63 000 en février), et surtout les créations d'emplois non agricoles, attendues en hausse à 51 000 après une destruction surprise de 86 000 emplois en février. Le taux de chômage est attendu stable à 4,4%.
  • Nous suivrons également l'indice de confiance du Conference Board (attendu en baisse de 91,2 à 88), les ventes au détail de février (attendues en hausse de +0,4%) et l'ISM manufacturier de mars (attendu stable à 52,3). Le GDPNow de la Fed d'Atlanta pour le premier trimestre est attendu stable autour de 2%.
  • En zone euro, les chiffres prévisionnels de l'inflation de mars seront particulièrement scrutés. L'inflation sous-jacente est attendue stable à 2,4%, mais l'inflation globale est attendue en forte hausse, passant de 1,9% à 2,5% — des chiffres qui intégreront, au moins partiellement, l'impact de la flambée des prix du pétrole. Nous prendrons également connaissance du PIB au Royaume-Uni.
  • Enfin, en Asie, nous surveillerons l'indice des prix à la consommation au Japon ainsi que les PMI chinois.

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