Yomoni, gestion éclairée

En tant qu'épargnant, avez-vous plutôt intérêt à ce que le marché boursier monte ou baisse ? La réponse paraît évidente : une hausse fait du bien à tout le monde. Cependant, c'est une erreur. Un marché haussier est certes meilleur pour le moral mais pas forcément pour le portefeuille !

Au début d'une phase d'épargne, l'investisseur a plutôt intérêt à ce que le marché baisse. Pas convaincu ? Allons vérifier.

Une petite expérience

Imaginons que vous ayez un projet consistant à épargner tous les mois la même somme et, au bout de 10 ans, à récupérer le capital pour acheter une résidence principale, payer les études des enfants ou prendre votre retraite.

Imaginons encore que, doté de pouvoirs paranormaux, vous disposiez de la faculté de connaître le niveau du CAC40 au terme de votre horizon de gestion (nous assimilerons le CAC40 à la partie risquée de votre portefeuille pour simplifier notre exemple).

Détaillons alors les différents cas possibles.

Premier cas : une baisse à long terme

Doté de vos dons de divination, vous voyez que le CAC40 sera à 2000 points dans 10 ans, ce qui correspond à un niveau très bas (si vous ne suivez pas le CAC tous les jours, sachez qu'il oscille entre 4000 et 5000 points au moment de la rédaction de cet article). Ce serait une forte baisse, statistiquement rare mais susceptible d'arriver.

Puisque le point de départ (4500 points environ) et le point d'arrivée (2000 points) sont connus, tâchons de déterminer quel serait le comportement de la bourse qui offrirait le meilleur rendement pour votre épargne au bout de 10 ans. Je vous rappelle que vous avez choisi d'investir régulièrement la même somme pendant toute la période.

L'idéal est-il une hausse régulière suivie d'un décrochage final au bout de 10 ans ? Certainement pas : l'intégralité de votre capital accumulé pendant 10 ans subirait la baisse. Faut-il alors une baisse rectiligne ? Non, car vos achats d'aujourd'hui et des mois à venir se feraient à des cours bien plus élevés que ceux de dans 10 ans.

Le meilleur scénario est celui d'une forte baisse immédiate, idéalement qui amène l'indice sous les 2000 points, vous permettant de faire vos achats mensuels à un cours déprécié le plus longtemps possible, suivie d'une remontée à 2000 points à la fin de la période. Autrement dit : si le marché baisse (et il baissera forcément pendant votre phase d'épargne), le mieux est qu'il le fasse le plus tôt possible.

Deuxième cas : la stabilité à long terme

Deuxième scénario : vos visions vous indiquent que l'indice actions sera dans 10 ans à 4500, très proche du niveau actuel. Autrement dit, il n'aura quasiment pas bougé. Quel est alors le scénario idéal pour vous qui avez prévu d'épargner régulièrement pendant 10 ans ?

Encore une fois, le scénario d'une hausse immédiate est loin d'être le plus favorable... car le marché aurait alors à rebaisser à terme.

Le scénario idéal est celui d'une baisse immédiate, amenant le marché à des niveaux déprimés qui vous permettent d'acheter à bon compte lors de vos achats mensuels, suivi d'une remontée - la plus tardive possible, idéalement lorsque vous avez fini d'investir - vers les 4500 points.

Toujours convaincu que les marchés haussiers ne sont pas forcément les plus profitables ? Passons au troisième cas.

Troisième cas : la hausse à long terme

Cette fois, c'est le scénario le plus optimiste, vos visions vous apprennent que dans 10 ans, le CAC40 sera à 12000. Scénario radieux, non ? Tâchons maintenant de déterminer le parcours qui fera le plus de bien à votre épargne mensuelle.

Est-ce qu'une hausse en ligne droite est le scénario idéal ? Non, il y a mieux... Encore une fois, la baisse à court terme est bien meilleure pour le résultat final, permettant de faire des achats à des cours peu élevés pendant des années, la hausse s'appliquant alors sur le maximum d'épargne investie et non sur les premiers mois seulement.

Alors, vive la baisse ?

Si l'on résume : que le marché baisse, reste stable ou monte à long terme, la meilleure situation pour l'investisseur qui a encore des années d'épargne devant lui est systématiquement celle d'une baisse à court terme.

La raison de cette conclusion contre-intuitive ? Nous nous sommes toujours placés dans le cas où l'investisseur réalisait des versements périodiques et se situait plutôt tôt dans son projet d'épargne. L'épargne des années futures a alors beaucoup plus de poids dans le résultat final que l'épargne déjà investie : ce qui est favorable pour l'épargne à court terme ne l'est pas forcément à long terme.

En pratique : des versements automatiques pour passer outre ses émotions

Pour profiter des marchés baissiers, il faut tout d'abord s'assurer d'avoir correctement défini de son horizon de placement et son profil de risque : on ne doit ni les surestimer, ni les sous-estimer. Les conclusions de notre petite expérience auraient été bien différentes si l'investisseur avait eu à récupérer son capital au bout d'un an !

Ensuite, puisque l'achat dans un marché baissier est psychologiquement difficile, des investissements réguliers par versements programmés sont la meilleure manière de profiter des baisses sans avoir à subir ses émotions contre-productives.

Avec cette approche, les phases de baisse feront beaucoup plus de bien à votre épargne qu'elles n'en ont l'air !