Yomoni, gestion éclairée


La science-fiction a un vieux fantasme d’hiver perpétuel. Peu importe qu’il soit causé par une catastrophe naturelle, une guerre thermonucléaire ou des extra-terrestres — ce qui compte est qu’il ne prend jamais fin. Avec le réchauffement climatique, il y a une nouvelle peur d’été perpétuel, qui transformerait même l’Angleterre en zone aride. Les investisseurs ont le même genre de peurs apocalyptiques d’hivers éternels ou d’étés sans fin.

Le cycle naturel des saisons

J’écris cet article en hiver et il pleut et pleut et pleut. Mais ça ne va pas durer, le printemps et l’été arriveront bientôt (même au nord de la Loire). Au cœur de l’hiver, vous souhaitez vivement le retour du printemps, surtout si vous êtes frileux. Mais même quand l’hiver est particulièrement rigoureux ou particulièrement long, il prend toujours fin.

Personne ne se berce de l’illusion d’un temps doux et agréable qui ne prendrait jamais fin. Et personne ne panique en se disant que l’hiver va durer indéfiniment et que le printemps ne reviendra jamais. Le cycle des saisons est parfaitement normal, et personne n’y voit une source d’inquiétude. On fait face à l’hiver avec sérénité parce qu’on sait que le printemps reviendra.

La bourse aussi connaît des cycles. L'euphorie suit le désespoir, avant le retour de ce dernier. Il y a des saisons douces et des saisons pluvieuses, des périodes glaciales et d’autres de surchauffe. Ce cycle des saisons, quoique moins régulier, est bien connu, et personne ne devrait y voir une source d’inquiétude. Au plein cœur de l’hiver boursier on doit se rappeler que le printemps reviendra. L’hiver peut être particulièrement rigoureux ou particulièrement long, mais il prend toujours fin. À l’inverse en plein été il serait dangereux de s’imaginer que l’hiver ne reviendra jamais. Il faut faire face à l’hiver boursier avec sérénité parce que le printemps reviendra.

Croyez-vous à la fin du cycle des saisons ?

Vos placements vont connaître de mauvaises périodes. Une chute des cours n’est pas une annonce de l’apocalypse, juste un changement de saison : l’été financier est fini. Si vous n'arrivez pas à dormir de peur que la valeur de votre portefeuille ne chute, c’est sans doute qu’il est trop volatil pour vous : réduisez la part des actifs volatils (actions) et le cycle des saisons sera moins marqué.

Et si vous pensez que vos placements ne vont jamais s'arrêter de grimper, rappelez-vous que l’été n’est pas éternel — Winter is coming. Et si tout le monde pense comme vous, vous êtes au beau milieu d’une phase d’euphorie qui finira très certainement en éclatement de bulle (l’équivalent financier de la gueule de bois qui suit l’euphorie alcoolisée) — plus l’été est long et chaud, plus l’hiver arrive brutalement et plus il est froid. Ce fut le cas en 2000 avec l’éclatement de la bulle internet, que le directeur de la réserve fédérale américaine avait qualifiée d’ « exubérance irrationnelle ».

L’exubérance irrationnelle, c’est quand tout le monde croit que l’été est éternel et que l’hiver ne reviendra jamais. À l’inverse, après une forte chute des marchés, on peut être victime d’un pessimisme exagéré et croire que l’hiver ne prendra jamais fin. Ces deux sentiments sont aussi erronés l’un que l’autre; aussi désagréable l’hiver soit-il et aussi agréable l’été soit-il, tous deux finissent un jour. Donc si vous êtes en train de vous dire qu’à ce rythme vous allez être millionnaire (ou ruiné) en quelques années, c’est que vous êtes en train de croire que l’été (ou l’hiver) sera éternel.

Sur le long terme la bourse rapporte de l’argent, donc si vous faites preuve de patience vos placements rapporteront. Mais à court terme les marchés sont volatils, il faut donc faire preuve de sérénité pour ne pas céder à vos émotions. Le long terme, c’est comme le dessert : il n’y en a pas pour ceux qui quittent la table trop tôt.