Yomoni, gestion éclairée

Lorsque j'étais enfant, mes parents me donnaient deux francs pour acheter le pain et deux francs pour acheter des images. L'argent du pain allait dans la poche droite, celui des images dans la poche gauche, et il ne fallait surtout pas les mélanger.

Bravant l'interdit, j'intervertissais souvent les pièces : personne ne le remarquait. J'ai fini par trouver cette approche totalement naïve et par mettre toutes les pièces dans la même poche.

Approche naïve, certes, mais n'y a-t-il vraiment rien à tirer de cette histoire de poches ?

Et si les discussions sur l'épargne étaient centrées sur vos projets de vie plutôt que sur le choix des produits financiers ?

Voici comment l'approche par projets peut faciliter la réalisation de vos objectifs financiers.

1. Vos projets sont plus concrets que les indicateurs financiers

La théorie économique adore transformer les humains en acteurs économiques standardisés qui se résument à quelques variables : il bien est plus simple de concevoir des modèles de cette manière...

Or, il est plus utile pour la réussite de vos objectifs de vous concentrer sur vos buts financiers (financer un mariage, un grand voyage, l'achat d'une résidence principale, les études des enfants...) que d'essayer de trouver quelles variables vous correspondent.

Pour définir vos objectifs financiers, listez donc vos projets, et définissez pour chacun un montant-cible et une date-cible.

L'avenir n'étant jamais certain, vous aurez également besoin de définir s'il reste possible de les réaliser avec une somme légèrement inférieure ou d'en décaler la date. Pour certains projets ce sera possible, pour d'autres non.

Ce travail est bien plus utile pour votre épargne que de définir comment vous réagiriez si les actions[1] baissent de 15% en trois mois (surtout si vous n'avez jamais détenu d'actions et n'avez aucune idée de la fréquence de tels mouvements).

2. En affectant l'épargne à vos projets, la psychologie joue pour vous

Faites-vous partie des gens qui ont des pulsions de shopping lorsqu'ils voient des dizaines de milliers d'euros rassemblés sur un même compte ? Même si vous savez que cet argent est là pour "vos projets", cette notion est trop lointaine pour vous retenir de le dépenser...

Il vous suffirait seulement d'un changement de libellé sur le compte pour maintenir le cap : vous aurez beaucoup moins envie de retirer de l'argent d'un compte dédié aux vacances !

L'épargne projet est une astuce 100% psychologique... mais qui fonctionne, alors pourquoi s'en priver ?

Une prime qui arrive ? Si vous êtes dans une logique d'épargne-projet, vous savez que vous aurez le choix entre céder à vos envies (les chaussures qui n'étaient pas du tout prévues) ou accélérer l'un de vos projets, que ce soit la résidence principale, le grand voyage ou la retraite anticipée... ou même un mix de tout cela !

Faire un lien direct entre l'épargne et vos projets vous permet de rester maître de vos choix. Vous prenez plus facilement conscience de leurs conséquences.

3. Vous prenez des risques adaptés à chaque projet

Avez-vous tendance à être plus averse au risque qu'il ne le faudrait ?

Si vous avez défini un objectif et un horizon, l'ingénierie financière peut chercher à estimer la probabilité d'atteindre votre cible, de la rater légèrement ou de la rater totalement. Vous aurez alors des éléments pour décider de conserver votre projet tel quel ou de revoir son financement.

Bien sûr, tout l'enjeu est de définir des niveaux de risque différents et adaptés à chaque projet. Vous pouvez choisir d'accepter une volatilité sur le budget "résidence principale" (en faisant éventuellement une croix sur l'exposition sud) mais pas sur le budget mariage. Vous pouvez décaler l'année sabbatique d'une année, mais pas les études de votre aîné.

Un des avantages majeurs de cette approche, c'est la personnalisation : profitez-en !

4. L'épargne-projet s'accorde harmonieusement avec l'assurance-vie

Aucun produit financier ne cumule autant d'avantages que l'assurance-vie. Elle permet des retraits sans casser le contrat, offre une grande variété de supports, facilite la transmission...

Voici un exemple simple d'épargne-projet à base de deux contrats d'assurance-vie et d'un Plan d'Epargne-Retraite :

  • Un contrat destiné aux vacances de l'année prochaine.
    L'argent est placé à 100% sur le fonds euros car sur un horizon court, vous avez besoin d'une garantie du capital. Pour récupérer le montant placé, vous réaliserez un rachat partiel qui ne fermera pas le contrat. Et vous pourrez recommencer à verser à la rentrée !
  • Un contrat destiné à l'apport personnel pour la résidence principale, que vous envisagez d'acquérir à horizon 5 ans.
    Vous vous permettez alors une dose modérée d'actions, car vous acceptez leur volatilité[2] à la hausse comme à la baisse à la recherche d'un meilleur rendement potentiel. Cette proportion doit cependant rester limitée, de sorte qu'une baisse des marchés entraînant une perte en capital ne remette pas en cause l'intégralité du projet.
  • Enfin, un Plan d'Epargne Retraite, fortement investi en actions.
    En contrepartie d'un risque important et d'une absence de garantie en capital, investir en actions permet de rechercher une espérance de gain plus importante sur le long terme. Faire fructifier son argent est une nécessité pour la retraite. Ne pas s'en préoccuper, c'est augmenter le risque d'être sous-financé. La préparation de la retraite est donc, lorsque l'on est jeune, typiquement le projet à long terme pour lequel l'investissement en actions est pertinent si l'on en accepte les risques.

Le projet, c'est bien au-delà de poche droite-poche gauche !

L'approche par projet se rapproche des conseils en gestion de budget pour les personnes ayant du mal à épargner (on met l'argent des courses dans une enveloppe avec interdiction de s'en servir pour autre chose), ce qui a pu lui donner une connotation négative.

Mais c'est aussi l'approche utilisée dans le monde financier pour gérer des milliards d'euros de la façon la plus optimale (on l'appelle alors "gestion actif-passif") : il ne s'agit pas que d'une béquille psychologique.

                                                                                   Commencer à épargner


[1] Investir sur des actions comporte un risque de perte en capital.

[2] La volatilité est une mesure de l'amplitude des variations, à la hausse comme à la baisse, que peut avoir un actif financier tel qu'un fonds ou une action.

Les supports d'investissements proposés dans le cadre d’un contrat d’assurance-vie dépendent des marchés financiers et présentent un risque de perte en capital.

Les informations ci-dessus sont fournies à partir des meilleures sources en notre possession et ne présentent pas de caractère contractuel.