Yomoni, gestion éclairée


Le repos estival ne donne pas toujours lieu aux meilleures décisions. Par exemple à la mi-août, un de nos clients a fermé son assurance-vie Yomoni, vieille de seulement 4 mois, car il était « déçu de la performance ». Il s’attendait à gagner 7 % par an, ce qui explique pourquoi son compte, qui affichait alors un maigre 0,5 %, lui semblait inerte, amorphe. Après moultes consultations quotidiennes de son compte et sans percevoir l’ombre d’une franche tendance haussière, il est passé à l’action, il a clôturé son contrat. C’est regrettable, c’était un montant avec cinq zéros investi sur un horizon de 10 ans — notre client n’était pas venu que pour la prime d’ouverture.

Notre première réaction est évidemment de recommander à nos clients d’éviter de prendre des vacances au mois d’août. Avant d’étendre cette règle à l’ensemble de l’année, nous avons pris le temps de la réflexion, en particulier après avoir discuté avec notre ex-client. Il nous a expliqué sa déception de gagner si peu, alors que le CAC avançait si bien depuis le début de l’année. Nous lui avons indiqué les facteurs qui ont pesé sur sa performance, en particulier la forte hausse de l’Euro, qui déprécie la valeur des actifs internationaux, et notre choix de maintenir — malgré tout — une forte diversification mondiale. Après avoir reconnu la valeur du long-terme dans les placements en actions — dont la performance ne s’évalue pas sur quatre petits mois — il nous a avoué son regret d’avoir fermé si abruptement, surtout lorsqu’il a réalisé que le CAC perdait 5 %, sur sa période de placement. C’est dommage.

Laisser le temps au temps

Il est connu que la performance d’un épargnant est inversement proportionnelle à la fréquence de ses consultations de compte. En effet, les analyses des comportements de clients de courtiers en ligne depuis les années 2000 confirment régulièrement cette relation, liée à l’amplification des émotions par une consultation régulière, voire frénétique. Qui dit émotion décuplée — positive ou négative — dit prise de décision sans aucun rapport avec la stratégie initiale du placement, et une durée de détention raccourcie. Le temps étant le principal moteur de la performance, elle en pâtit. Cela dit, il est bien légitime de vérifier la bonne tenue de ses placements, en particulier au début, bien entendu. Il n’y a pas de science sur le sujet, il faut donc trouver le bon dosage. Une consultation fréquente les premières semaines paraît légitime pour s’assurer des ouvertures, puis des versements. Ensuite, une fréquence trimestrielle paraît adéquate durant la première année — par exemple à l’occasion du rapport de gestion —, puis 2 fois par an, les années suivantes.

Notre édito mensuel pourrait s’arrêter à cette hygiène de l’épargnant, se borner à vous dire en somme, de nous laisser travailler sur le long-terme pour le bien de votre épargne. Mais cet édito n’a jamais eu vocation à être donneur de leçons, et au fond, ne voit-on pas toujours mieux la paille dans l’œil du voisin que la poutre dans le sien ?

Le piège du présent perpétuel

L’auteur de ces lignes consulte en moyenne plus de 50 fois son téléphone et reçoit plus de 200 messages électroniques durant sa journée (e-mails, textos, etc.). Si on rapporte le tout au nombre de minutes dans une journée d’éveil, on obtient des séquences d’attention d’environ 5 minutes. Renseignements pris, il s’agit peu ou prou de la moyenne des détenteurs de smartphones, qui passent quotidiennement deux à trois heures sur leur portable, réparties en 150 consultations environ. Il y a vingt ans, nous étions incrédules sur l’incapacité des jeunes américains à se concentrer plus que 7 minutes, soit la durée calibrée entre les spots publicitaires à la télévision. Nous voilà enfin à leur niveau, à nous l’American Dream !

Nous, les adeptes des nouvelles technologies, du temps réel sur les marchés financiers, et des outils de communications modernes, la presse nous célèbre comme les parangons de la Fintech française. Nous serions un exemple à suivre ! En réalité, nous sommes en tête dans la course à cette frénésie du temps très court. Si une heure dans une salle d’attente à regarder l’horloge semble une journée, alors quatre mois de consultation quotidienne d’un compte, paraîtront des années. C’est le morcellement artificiel du temps qui crée ce sentiment de rapidité, et de temps qu’on ne voit plus passer.  Méfions-nous du lieu commun qui voudrait que : « Tout s’accélère, ma bonne dame ! Le Temps n’est vraiment plus ce qu’il était ». En réalité, il n’y a pas d’accélération de l’Histoire. Au contraire : les grands changements se font plus lentement, qu’ils soient politiques, technologiques, ou sociaux.


Rien de nouveau sous le soleil

Si l’on observe les bouleversements des équilibres politiques mondiaux, sur des cycles générationnels (soit 30 ans), ils sont de moins en moins importants et de plus en plus éparses. Entre 1900 et 1930, cinq empires illustres, rassemblant 40 % de la population mondiale se sont écroulés1. De 1930 à 1960, deux nouvelles super-puissances ont mis fin aux 500 ans de domination mondiale par le Vieux Continent. De 1960 à 1990, l’Union Soviétique a lentement péréclité, l’Union Européenne est quant à elle devenue une réalité continentale avec la réunification Allemande, et la Chine s’est enfin ouverte au monde. Or depuis 1990, ni l’union monétaire européenne, ni l’émergence de la Chine n’ont bouleversé un monde toujours sous domination américaine, un monde qui reste en fin de compte assez proche de nos références d’il y a trente ans.

Il semble en aller de même pour les avancées technologiques. Quantitativement, le progrès technique s’est ralenti. Les inventions d’envergure sont de moins en moins nombreuses. Les antibiotiques, l’énergie nucléaire, la conquête de l’espace, de la Lune, et même le Concorde, datent tous de plus de 50 à 60 ans, alors que 60 ans auparavant, on traversait à peine la Manche en monoplan ! Depuis toujours, la vitesse de transport des humains a illustré le progrès technique, or que ce soit, sur terre, sur mer, ou dans les airs, nos vitesses moyennes de déplacement n’ont pas progressé depuis les années 1970. Le TGV, c’était déjà il y a 40 ans… Même l’Internet date aussi de cette époque.

Difficile de résumer les avancées sociales sur un seul indicateur, mais l’illustration du mois dernier sur l’évolution du temps de travail en 800 ans indiquait que le gros de la baisse du temps de travail s’était faite entre 1885 et 1985, et modestement depuis 1985.

Interruptions rules the nation

Pourquoi cette perception d’une accélération de l’Histoire, si différente de la réalité ? Il semblerait que notre cerveau serait équipé d’un métronome, il estime les durées à partir d’impulsions. Il saisit ces impulsions à partir de séquences, du nombre de périodes marquantes. On peut donc accélérer le temps perçu par la multiplication des périodes et l’augmentation de la fréquence des interruptions, comme la consultation de mails, de “chats”, de fil d’actualités, de la météo, de la performance...  La multitudes d’événements — même fortuits — favorise l’illusion d’une longue période de temps écoulée. De là, à ce nos portables nous rendent impatients, il n’y a qu’un pas…

Bref, à la rentrée, je me suis séparé de mon « smartphone » pour un « dumb-phone », avec le jeu Snake comme seul gadget. C’est décidé, cette rentrée, sera celle du Temps retrouvé !


1. Pour ceux qui ont séché leur cours d’histoire de lycée, il s’agit de l’Empire de Chine (1911), de L’Empire russe (1917), de L’Empire allemand (1918), l’Empire austro-hongrois (1918), et de l’Empire ottoman (1923).