Yomoni, gestion éclairée

La loi Pacte promulguée en mai 2019 revendiquait sa volonté d’offrir à tous les français la possibilité d’une retraite complémentaire par capitalisation simple et efficace. Les législateurs et le gouvernement lorgnaient avec envie sur les résultats du monde anglo-saxon dans le domaine, emmenés par des sociétés de gestion expertes du sujet. Pour cela, sous l’impulsion de Bruno Le Maire, la loi Pacte a créé le Plan d’Epargne Retraite, une nouvelle enveloppe fiscale dédiée à la retraite avec une carotte fiscale permettant de motiver les plus concernés.

Elle a également permis d’assurer la transférabilité totale de tous les dispositifs Retraite concernés pour une saine émulation. Merci l’exemple vertueux des opérateurs téléphoniques.

Allant plus loin encore et souhaitant casser le monopole sclérosant des seuls assureurs, la loi a donné la possibilité à toutes les sociétés de gestion de développer en autonomie leur propre PER, dit “bancaire”. Avec tous ces attributs, l’espoir était donc fort et légitime de voir émerger des produits moins coûteux, plus simples et transparents pour ainsi maximiser les chances des épargnants conquis d’en tirer les justes fruits à leur retraite. On pouvait déjà imaginer un cercle vertueux basé sur cette expérience de placement réussi bientôt partagée au coin du feu entre proches et par tous les conseillers. Cet aura positif permettrait de voir enfin s’installer en France le modèle d’une retraite par capitalisation de génération en génération.

Alors qu’en est-il 18 mois après ? Les PER sont-il des produits aux frais raisonnables ? Les sociétés de gestion se sont-elles emparées du sujet pour le meilleur ? Les français se sont-ils rués sur cette nouvelle possibilité d’organiser leur retraite ?

Certes, les Français sont pour l’instant au rendez-vous. Ils ont compris l’intérêt et la souplesse de ces nouveaux PER. La préparation de sa retraite devient un sujet que l’on a de plus en plus de mal à ne évoquer . Et en l’absence d’autres niches fiscales, celle du PER permet de passer le pas.

Mais pour le plus grand soulagement des compagnies d’assurance, rien n’a vraiment changé à ce stade, avec une offre organisée à 98% par des assureurs et des produits plus chargés en frais en moyenne que l’Assurance-Vie. La carotte fiscale à chaque versement au bénéfice de l’épargnants n’a pas laissé indifférentes bon nombre de compagnie qui ont décidé d’en prélever un morceau via des frais de versement que l’on pensait d’un autre âge. Leur argument marketing reste le fonds en euro même si celui-ci n’est pas adapté pour un placement de long terme et que son accès voire sa garantie sont limité dans ces nouveaux produits.

Une seule société de gestion propose finalement un PER bancaire en association avec l’aide d’une banque et d’un assureur plus enclins au changement de paradigmes que leur camarades.

Alors que s’est-il passé ? Deux éléments compliquent l’ambition première du gouvernement d’une saine concurrence par les sociétés de gestion. Deux éléments qui mériteraient une correction de la part de Bercy:

  1. Bercy n’a pas édicté les mêmes règles fiscales en cas de succession pour le PER bancaire géré par une société de gestion et le PER Assurance, géré par les compagnies. Cela crée de facto une distorsion de concurrence évidente et une complexité supplémentaire pour les épargnants. Un seul produit avec les mêmes contraintes mais une fiscalité différente. Pourquoi faire simple quand on peut trouver compliqué ?
  2. Les rétro-commissions qui motivent les distributeurs/conseillers ont été autorisées dans les PER Assurance. Elles représentent 30% à 50% des frais facturés, ce qui est à contre-courant des tendances du législateur européen. Cette exception nationale, omniprésente dans l’Assurance-Vie et coûteuse pour les rendements des épargnants français, est jugée d’un oeil de plus en plus critique.

Hélas le calcul est toujours le même : en partant d’une hypothèse de rendement des marchés Actions de 7% par an, la logique voudrait que l’on en laisse une large part à l’épargnant pour récompenser sa discipline patrimoniale et sa prise de risque. Mais en regardant en détail les produits mis en avant par les grands réseaux, on arrive rapidement à 2% voire 3% de frais prélevés par tous les intermédiaires et gérants impliqués. Environ 1% de frais d’enveloppe (frais de gestion et frais de versement lissé) et 1% à 2% de frais de gestion prélevés par les fonds sélectionnés dans les allocations, incluant la -désormais- incontournable rétro-commission dévolue au distributeur.

Cela signifie qu’une fois de plus, la performance du marché sera partagée entre les intermédiaires et les épargnants à part égale. In fine cela donnera dans 10 à 15 ans, une fois le gain fiscal digéré et oublié, des épargnants français peu convaincus du rendement de ces nouveaux produits financiers. Leur questionnement sera légitime: leur épargne travaille donc autant pour leur retraite que pour les émoluments de leur banquier et assureur?...

Pourquoi ces démarches sont-elles plébiscitées aux USA et au Royaume-Uni? Pour une raison très simple : le partage de la valeur est totalement asymétrique en faveur de l’épargnant. Rares sont les dispositifs qui dépassent 1% à 1,5% de frais totaux chargés au client. Celui-ci peut ainsi espérer retrouver sa prise de risque récompensée avec un rendement dépassant les 5%. L’expérience positive partagée par les plus anciens vient alimenter la motivation des plus jeunes et un cercle vertueux se met en place pour une épargne de long terme investie de manière dynamique, et qui rapporte.

Le succès dans le temps de ce nouveau produit peut radicalement changer la vision que les Français ont de la retraite par capitalisation et devenir un vrai soutien aux régimes de retraite que le déséquilibre démographique ne va pas cesser d’essorer. Mais ne nous trompons pas, ce succès ne doit pas être uniquement celui de la collecte générée pour les établissements financiers distributeurs comme c’est principalement le cas actuellement.

Ce ne serait qu’une victoire à la Pyrrhus si cette avancée n’est pas doublée d’un succès pour l’épargnant. Et celui-ci attend légitimement un complément de retraite bien valorisé, à la hauteur de sa prise de risque dans le temps long. C’est cela qui lui permettra de partager autour de lui le fait qu’il est utile et rémunérateur de mettre au travail sur le long terme une partie récurrente de son épargne, dans un PER.

Les épargnants français méritent la simplicité et la transparence pour leur retraite.

Dix-huit mois après le vote, il faut désormais analyser l’offre de produits proposés en France et en tirer les bonnes leçons. Il est impératif d’aligner les fiscalités pour un même produit si l’on veut créer une réelle compétition entre les différents acteurs financiers.

Cette saine concurrence que nous appelons tous de nos vœux permettra à un maximum d’épargnants français d’organiser leur complément de retraite aussi efficacement que leurs voisins européens, grâce à des frais plus raisonnables et des intérêts mieux alignés avec ceux de leur banquier. Alors le cercle vertueux s’enclenchera et la retraite par capitalisation pourra positivement prendre toute sa place en France.