Chaque lundi, notre équipe de Gestion analyse et commente les marchés financiers. Quelle est la situation sur la semaine passée ? Quelles actualités faut-il retenir?
Source : @Bloombeg LP
Macroéconomie 🔎
- Aux Etats-Unis, la troisième estimation de la croissance du PIB au quatrième trimestre 2025 confirme le ralentissement : la croissance s'établit à 0,5% en rythme annualisé, en deçà des 0,7% de la deuxième estimation et très loin des 4,4% du troisième trimestre. La révision à la baisse porte principalement sur l'investissement.
- Sur le front de l'inflation, le core PCE (l'indice des dépenses de consommation personnelle hors alimentation et énergie, mesure privilégiée par la Fed) a été publié à 3% pour février, en léger repli par rapport aux 3,1% de janvier.
- Le premier rapport CPI post-conflit en Iran fait l'effet d'un électrochoc : l'inflation bondit de 2,4% en février à 3,3% en mars, son plus haut niveau depuis mai 2024. En revanche, l'inflation sous-jacente (hors alimentation et énergie) ne progresse que modestement, de 2,5% à 2,6%, sous les 2,7% attendus. Le choc reste pour l'instant cantonné à l'énergie.
- La semaine a débuté par un ISM non manufacturier de mars sous les attentes, passant de 56,1 à 54 contre 54,8 anticipé. Les commandes prévisionnelles de biens durables se contractent de -1,4% (contre -1,1% attendu), mais les commandes hors transport surprennent positivement avec une croissance de +0,8% contre +0,5% estimé.
- Le GDPNow de la Fed d'Atlanta pour le premier trimestre 2026 ralentit à 1,3%, contre 1,6% précédemment.
- L'indice de confiance des consommateurs du Michigan d'avril, en données préliminaires, s'effondre à 47,6 contre 53,3 en mars et 51,6 attendu. C’est le plus bas historique depuis la création de l'enquête en 1952, inférieur au précédent record de 51,7 atteint lors de la crise énergétique de 1980. Ce record contraste avec l'indice de confiance du Conference Board, qui avait au contraire progressé à 91,8 en mars. Cette divergence est structurelle : le Conference Board est davantage influencé par les conditions du marché de l'emploi (qui restent solides avec 178 000 créations en mars), alors que le Michigan capte avant tout l'impact de l'inflation et des prix de l'énergie sur les finances des ménages. Historiquement, dans un choc pétrolier, le Michigan réagit en premier ; le Conference Board finit par suivre si le choc se prolonge. C'est exactement ce qu'on avait observé en 2022. Le prochain Conference Board prévu pour le 28 avril, sera donc particulièrement scruté.
- Les anticipations d'inflation à un an bondissent de 3,8% à 4,8%, c’est la plus forte hausse mensuelle depuis avril 2025 et la période des droits de douane, tandis que les anticipations à 5 ans remontent à 3,4%.
- En zone euro, le PMI des services ralentit un peu moins que prévu, passant de 51,9 à 50,2 contre 50,1 attendu. L'indice PMI composite passe ainsi de 51,9 en février à 50,7, légèrement mieux que le consensus de 50,5. Les ventes au détail se contractent comme attendu de -0,2% en février et les prix à la production reculent de -0,7% contre -0,6% anticipé.
- Au Royaume-Uni, le ralentissement est plus brutal : l'indice PMI des services passe de 53,9 à 50,3 contre 51 attendu, signalant une économie au bord de la contraction.
- En Chine, l'inflation ralentit en mars à 1% contre 1,2% attendu et 1,3% en février — un paradoxe apparent dans un contexte de flambée des prix de l'énergie. L'explication tient en trois facteurs. D'abord, l'effet de base du Nouvel An lunaire : la demande alimentaire, qui avait gonflé l'inflation en février, s'est normalisée (prix alimentaires à +0,3% contre +1,7% en février). Ensuite, et surtout, l'interventionnisme étatique : Pékin a plafonné les hausses de prix des carburants à environ la moitié de ce que la formule de calcul aurait impliqué, absorbant une partie du choc pétrolier. Enfin, la faiblesse structurelle de la demande intérieure chinoise continue de peser.
- Signe que le choc pétrolier remonte néanmoins la chaîne de valeur, le PPI (prix à la production) est repassé en territoire positif à +0,5%, une première depuis septembre 2022.
- Banques centrales 💰
- Si les discours récents de la Fed plaidaient pour la patience, les minutes de la dernière réunion révèlent un ton plus ferme. « De nombreux participants ont souligné le risque de voir l'inflation rester élevée plus longtemps que prévu dans un contexte de hausse persistante des prix du pétrole. » Néanmoins, la crainte d'un conflit prolongé conduisant à un nouvel affaiblissement du marché du travail — et donc à la nécessité de baisser les taux — a également été soulignée. Le dilemme inflation/emploi se cristallise.
- Pour l'instant, aucun changement de politique de taux n'est attendu par les marchés avant au moins septembre 2027.
- Par ailleurs, les dirigeants des grands groupes financiers américains (Bank of America, Citigroup, Goldman Sachs, Morgan Stanley, Wells Fargo) ont été reçus par Scott Bessent et Jerome Powell pour être sensibilisés aux risques cyber suite aux révélations sur les capacités du nouveau modèle d'Anthropic, Mythos, qui serait capable de détecter les failles dans les systèmes informatiques des institutions financières. Le risque identifié : que des acteurs malveillants puissent bloquer les systèmes de paiement ou de crédit.
- La BCE a publié une note d'alerte sur la vulnérabilité énergétique de la zone euro, très dépendante des importations de combustibles fossiles, ce qui complique la réalisation de l'objectif de stabilité des prix. L'institution appelle à réduire cette dépendance et à « accélérer une transition ordonnée vers des énergies propres produites localement ».
- Les marchés ne ne s’attendent désormais à aucune modification de taux pour la prochaine réunion de politique monétaire du 30 avril et à une hausse des taux de 0,25% pour celle du 11 juin avec une probabilité de 58%.
Performances 📊
- Semaine de rebond bienvenue sur les marchés actions. En euros, les actions internationales progressent de +2,6% (+2,9% en devises locales). La zone euro et les actions américaines en profitent le plus, avec des performances respectives de +3,9% et +3,2%. Les actions japonaises ne sont que très légèrement positives (+0,1% en euros), tandis que les actions émergentes reculent de -0,4%.
- Sur le plan sectoriel (performances en euros), ce sont les télécoms (+5,5%), la technologie (+4,1%) et les matériaux (+4,1%) qui mènent la danse. L'énergie, en revanche, est le seul secteur mondial en baisse sur la semaine (-3,4%). La consommation continue de souffrir globalement, avec une consommation courante limitée à +0,8% et une consommation discrétionnaire à +2,4%.
- Du côté des marchés obligataires, les taux se détendent cette semaine. Le 10 ans américain recule de 4,44% à 4,34%. En Europe, le 10 ans allemand perd également 10 points de base, passant de 3,10% à 3,00%, et le CMS 10 ans recule de 3,17% à 3,05%. Le spread OAT-Bund se resserre légèrement, de 74 à 68 points de base.
- Du côté des matières premières, le pétrole recule sur la semaine, le Brent cédant environ 3% tout en restant bien au-dessus de la barre des 100 dollars le baril. L'or rebondit nettement avec une hausse de près de 4% sur la semaine.
- Sur le marché des changes, le dollar est resté globalement stable face à l'euro, la paire EUR/USD passant de 1,1510 à 1,1517, avec un plus haut à 1,1628 en milieu de semaine.
À suivre cette semaine
- L'événement de la semaine sera l'ouverture de la saison des résultats d'entreprises. En France, le secteur du luxe sera à l'honneur avec LVMH, Kering et Hermès. Aux États-Unis, nous suivrons les grandes banques (Goldman Sachs, JPMorgan, Wells Fargo, Citigroup, BlackRock, Bank of America, Morgan Stanley) ainsi que Taiwan Semiconductor et Netflix. Dans le contexte actuel de hausse des prix des matières premières et de l'énergie, nous serons particulièrement attentifs aux perspectives que donneront — ou non — les entreprises.
- Sur le front macroéconomique, aux États-Unis, nous prendrons connaissance notamment de l'indice manufacturier Empire State de la Fed de New York, de l'indice manufacturier de la Fed de Philadelphie, ainsi que des chiffres de production industrielle et manufacturière. Devant les craintes sur l'impact du conflit en Iran, les prix à la production de mars seront surveillés de près, avec des attentes en hausse à +1,2% après +0,7% en février. Les ventes de logements existants de mars sont attendues relativement stables, à 4,07 millions contre 4,09 millions en février.
- En zone euro, nous aurons la confirmation des chiffres d'inflation de mars (2,5% pour l'inflation globale, 2,3% pour l'inflation sous-jacente), la production industrielle de février (attendue en légère hausse de +0,1% après -1,5% en janvier) et la balance commerciale, attendue en excédent à 11,1 milliards d'euros.
- Enfin, en Chine, le PIB du premier trimestre est attendu en croissance de 4,8% en rythme annuel après 4,5% au dernier trimestre 2025. Le taux de chômage est attendu en baisse à 5,2% en mars contre 5,3% en février. Nous aurons également les ventes au détail de mars et la balance commerciale, attendue en forte contraction, passant de 213,6 milliards de dollars à 107,5 milliards.
