Yomoni, gestion éclairée

De temps en temps, vous pensez à votre retraite. Et vous vous dites que vous devriez vous constituer des revenus complémentaires, car les divers simulateurs vous rappellent que votre future pension est bien partie pour être ridiculement faible...

Se constituer un capital pour la retraite, d'accord, mais ensuite ? Que faire de cette somme lorsque vous cessez votre activité ? Comment la transformer en revenus complémentaires ?

Obtenir des revenus réguliers...

La première idée est de combler la perte de revenus par des placements qui fournissent des revenus réguliers : immobilier locatif, pierre-papier, mais aussi obligations... Cette solution est intuitive et confortable : on a de l'argent qui rentre passivement, à un rythme régulier, tandis que le capital ne sera jamais consommé.

Mais ces placements dits « de distribution » ne sont qu'une partie de la solution pour obtenir des revenus complémentaires grâce à son épargne.

… ou viser la capitalisation ?

Il existe une deuxième voie. Elle débute comme la première : pendant la phase d'épargne, on fait jouer de l'effet boule de neige et la capitalisation des intérêts. C'est ce qui se passe lors du départ en retraite qui diffère. Au lieu de basculer son épargne sur des placements distribuant des revenus, on continue de capitaliser sur un contrat d'assurance-vie.

Mais alors, comment générer des revenus, puisque le portefeuille n'en verse aucun ? Simplement en procédant à des rachats périodiques sur son contrat d'assurance-vie, mensuellement ou trimestriellement.

Alerte rouge, la baignoire se vide ! Halte-là, diraient les partisans des placements de distribution ! On pioche donc dans le capital ! En pratique, oui.  Mais l'idée est que les retraits seront compensés par l'augmentation du capital, ce dernier continuant de croître comme il le faisait pendant la phase d'épargne. Autrement dit, on vide la baignoire progressivement, mais elle continue de se remplir au moins aussi rapidement. Tout se joue donc sur les différentiels de débits !

Reste à déterminer combien on peut retirer sans consommer trop rapidement son capital… La bourse alterne des périodes de hausse et de baisse, et retirer uniquement les progressions positives reviendrait à n'avoir aucun revenu les mois où la bourse baisse...

Quelle proportion de son capital peut-on retirer sans l'épuiser ?

C'est là qu'intervient une étude qui a révolutionné le secteur de l'épargne-retraite et du conseil en gestion de patrimoine. Réalisée par trois professeurs de la Trinity University au Texas, cette étude a cherché à définir la proportion du capital que l'on pouvait retirer annuellement d'un portefeuille investi sur les marchés financiers sans épuiser le capital.

L'étude a testé toutes les périodes historiques de 30 ans depuis 1926 pour un portefeuille diversifié entre actions et obligations. Pour les impatients, voici le résultat : autour de 4%. C'est la proportion du capital que l'on peut confortablement retirer pendant 30 ans avec un risque inférieur à 5% d'épuiser totalement son capital, le tout en indexant ses retraits sur l'inflation.

Autrement dit, si vous souhaitez pouvoir retirer 500 euros par mois de revenus complémentaires, soit 6 000 euros par an, visez un capital de 150 000 euros à la retraite (150 000 x 4% = 6000). Si vous retirez davantage que 4% par an, vous risquez d'épuiser trop rapidement le capital. Si vous retirez moins de 4% par an, vous êtes plus conservateur et votre capital a de fortes chances de croître plus vite que ce que vous retirez. Vous laisserez très probablement un capital à vos héritiers (ou vous serez le plus riche du cimetière...).

Pour se créer une rente annuelle indexée sur l'inflation d'un montant donné, il faut donc capitaliser 25 fois ce montant. Certes, l'étude a été réalisée aux États-Unis et dans les années 90, mais les périodes étudiées intègrent le krach de 1929, la seconde guerre mondiale, la dévaluation du dollar… Gardons donc en tête 25 fois.

Les actions remplissent la baignoire

Cette étude prouve également l'importance de détenir des actions dans son portefeuille, même en phase de retrait. Les portefeuilles ayant plus de 50% d'actions ont de meilleures chances de survie que les portefeuilles qui en sont dépourvus : malgré leur volatilité, les actions contribuent à remplir la baignoire plus vite qu'on ne la vide !

Encore une preuve que refuser les risques vous fait courir un risque...

Alors, distribution ou capitalisation ?

La distribution offre des avantages psychologiques : on ne touche qu'aux revenus sans jamais entamer le capital. Mais l'absence de diversification et le besoin d'avoir un capital élevé pour en tirer des revenus significatifs peuvent rebuter.

En choisissant la capitalisation, la baignoire se remplit en même temps qu'on la vide. Cela nécessite un peu de technicité dans la construction du portefeuille, mais permet souvent de mobiliser moins de capital pour obtenir les mêmes revenus.

Comment choisir ? Comme souvent dans la gestion de ses finances personnelles, la meilleure approche est celle avec laquelle on se sent le mieux : celle que l'on ne remettra pas en question pendant les moments difficiles.


Référence

L'étude dite "Trinity Study" est régulièrement mise à jour, celle-ci date de 2009, n'hésitez pas à consulter les version actualisées.