SpaceX n’est pas encore cotée sur les marchés financiers. Pourtant, l’entreprise fondée par Elon Musk est déjà au cœur des discussions de marché.
Sa place dans l’industrie spatiale, le développement de Starlink, ses contrats institutionnels et sa valorisation régulièrement évoquée dans la presse en font l’une des sociétés privées les plus observées au monde.
Alors qu’elle s’apprête à faire sa grande introduction en bourse dans les prochains jours, il ne faut pas seulement se demander à quels prix les investisseurs vont s’échanger les titres dans les premiers jours de cotation. Il faut également se poser la question suivante : quand et comment SpaceX entrerait-elle dans les grands indices ?
C’est un sujet important, car une inclusion dans un indice comme le Nasdaq-100, le MSCI World ou le S&P 500 entrainera mécaniquement des achats massifs de la part des ETF et fonds indiciels qui les répliquent.
Or, un indice n’est pas une liste neutre des plus grandes entreprises. C’est une méthodologie. Et pour investisseur, investir dans un ETF, ce n’est pas complètement passif puisqu’il faut étudier et sélectionner précisément son indice. Ainsi, comprendre cette méthodologie est indispensable pour savoir ce qu’il détient réellement dans un ETF.
La méthodologie des indices est souvent mal comprise. Dans la presse généraliste, les évolutions récentes des méthodologies d’indices ont parfois été présentées comme une manière de préparer l’arrivée de grandes entreprises privées comme Space X, OpenAI ou encore Anthropic, dans les portefeuilles indiciels. Cette lecture n’est pas fausse, mais elle est incomplète.
Essayons ensemble de faire le tour de la question.
Pourquoi l’introduction de Space X provoque-t-elle tant de commentaires ?
Préférer l’investissement indiciel à la gestion active, c’est fondamentalement croire qu’il est difficile voire impossible de battre le marché, de faire mieux que les marchés et donc croire que les marchés sont efficients. Si les études et les chiffres semblent effectivement corroborer cette hypothèse forte sur le long terme, on peut en douter sur du plus court terme. Et la difficulté lors d’une introduction en bourse, c’est d’estimer la valeur de l’entreprise, d’atteindre un prix d’équilibre, c’est ce qu’on appelle le « price discovery ». En effet, au moment de l’introduction en bourse, la communication des entreprises et des banquiers fait parfois naître un engouement et une demande importante, avant que la publication des premiers résultats trimestriels ne vienne calmer les ardeurs. On peut se souvenir par exemple de l'introduction de Meta, à l’époque où l’entreprise ne s’appelait encore que Facebook.
La vraie question est donc de savoir combien de temps prend le marché pour s’équilibrer et estimer la valeur d’une entreprise.
Pendant longtemps, les grands indices avaient décidé d’être patient. Une société entrait en Bourse, accumulait plusieurs mois ou années d’historique de cotation, démontrait sa liquidité, puis finissait éventuellement par intégrer un grand indice. Cette temporalité convenait à un marché où les entreprises devenaient publiques relativement tôt dans leur développement. Mais aujourd’hui des entreprises importantes ont adopté une stratégie différente : elles lèvent des capitaux auprès d’investisseurs privés, développent des activités mondiales, atteignent des valorisations considérables, puis arrivent éventuellement en Bourse avec une taille déjà comparable à celle de grandes sociétés cotées.
Cela crée une difficulté pour les fournisseurs d’indices qui cherchent à rester représentatif d’un secteur, d’un thème, ou de l’activité d’une zone géographique donnée.
Ainsi, s’ils attendent trop longtemps, leurs indices peuvent paraître incomplets et non représentatifs puisqu’une entreprise devenue majeure resterait absente des portefeuilles indiciels. Mais s’ils l’intègrent trop vite, ils exposent les investisseurs à un titre encore récent, potentiellement volatil, parfois peu liquide, et dont une faible partie seulement du capital est réellement disponible à l’achat.
Une entreprise peut devenir éligible plus rapidement à certains indices sans pour autant y peser immédiatement de tout son poids économique. Tout dépend du flottant, de la liquidité et des règles de pondération. Si une faible part du capital est réellement disponible sur le marché lors de l’IPO, SpaceX pourrait donc être beaucoup moins présente dans les grands indices qu’on ne l’imagine spontanément, du moins dans un premier temps.
L’arbitrage n’est donc pas simple et le choix n’a pas été le même en fonction des fournisseurs d’indices.
Nasdaq-100 : une entrée plus rapide, mais un poids encadré
Le Nasdaq-100 a récemment publié une modification de sa méthodologie pour mieux traiter le cas des très grandes nouvelles cotations.
Depuis le 1er mai 2026, une entreprise nouvellement cotée sur le Nasdaq peut être ajoutée plus rapidement à l’indice si elle respecte certains critères, notamment si sa capitalisation la place dans les 40 plus grandes valeurs de l’univers Nasdaq-100. Ce mécanisme de Fast Entry permet d’éviter qu’une très grande IPO reste absente de l’indice pendant une longue période. C’est ce point qui a souvent été interprété comme une évolution favorable à une éventuelle IPO de SpaceX.
Mais il ne faut pas s’arrêter là. La même réforme introduit aussi un garde-fou important : pour les sociétés dont les titres disponibles sont limités, la capitalisation retenue dans la pondération est le minimum entre 3 fois son flottant ou sa capitalisation totale cotée.
En pratique : si SpaceX arrivait en bourse avec une valorisation totale de 2000 milliards de dollars mais seulement 5 % de son capital en flottant libre, soit 60 milliards, son poids dans l’indice serait calculé sur la base de 180 milliards (3 × 60 Md$), et non sur ses 2000 milliards de capitalisation totale.
C’est une différence importante avec l’ancien système. Auparavant, le Nasdaq-100 fonctionnait davantage avec une logique binaire : une fois le minimum de 10 % de flottant atteint, le titre pouvait être fortement représenté dans l’indice, avec un rapport pouvant aller jusqu’à 10 fois entre son poids affiché et sa part réellement investissable.
Le nouveau système est plus graduel. Il peut faciliter l’éligibilité d’une grande IPO, même avec un flottant limité, mais il réduit aussi son poids potentiel si peu d’actions sont réellement disponibles pour les investisseurs (ce qui semble être le cas pour SpaceX).
Avant, le système reposait davantage sur un seuil : une fois le flottant minimum atteint, le titre pouvait être fortement représenté dans l’indice. Désormais, la logique est plus progressive : plus le flottant est limité, plus le poids potentiel l’est aussi. Dans le cas de SpaceX, une forte valorisation pourrait donc faciliter l’éligibilité. Mais son poids réel dans l’indice dépendrait aussi du flottant, de la liquidité et des règles de plafonnement.
Pour une méga-IPO comme celle de SpaceX, les premiers jours de cotation ne serviraient pas seulement à mesurer l’accueil du marché. Ils détermineraient aussi la vitesse d’entrée dans l’indice : si la capitalisation atteint rapidement les seuils requis, le processus d’examen peut être déclenché sans délai. Mais le poids effectif dans les portefeuilles dépendrait du flottant disponible dès le départ.
MSCI World : un mécanisme déjà ancien pour les grandes IPO
Le Nasdaq-100 n’est pas le seul indice à avoir prévu un traitement spécifique pour les grandes introductions en Bourse. MSCI dispose depuis longtemps d’un mécanisme d’early inclusion pour les grandes IPO.
Le MSCI World est l’un des indices les plus suivis par les investisseurs internationaux. Il regroupe les grandes et moyennes capitalisations des pays développés, en les pondérant selon leur capitalisation flottante ajustée, ce qui le différencie directement du Nasdaq 100. Une société dont une grande partie du capital reste détenue par les fondateurs, l’État ou des actionnaires de long terme ne sera donc pas pondérée comme si tout son capital était librement disponible.
Le cas de Rivian illustre ce mécanisme. Après son introduction en Bourse le 9 novembre 2021, le constructeur américain de véhicules électriques a été ajouté dès décembre 2021 aux indices MSCI.
La comparaison avec le Nasdaq est instructive. Ce que le Nasdaq-100 introduit en 2026 n’est donc pas totalement inédit dans l’univers des grands indices. MSCI appliquait déjà une logique d’inclusion rapide pour les grandes IPO. Mais MSCI le fait dans un cadre centré sur la capitalisation flottante ajustée, là où le Nasdaq-100 conserve une logique de capitalisation modifiée, désormais encadrée par un plafond lié au flottant.
S&P 500 : une approche plus prudente
Le S&P 500 offre un contrepoint intéressant. Contrairement au Nasdaq-100 ou à MSCI, le S&P 500 ne dispose pas d’un mécanisme comparable de Fast Entry pour les grandes IPO. Une société nouvellement cotée doit généralement attendre une période minimale avant de pouvoir être considérée pour une inclusion. Elle doit aussi respecter plusieurs critères : taille, liquidité, flottant, domicile américain, profitabilité régulière et structure juridique éligible. Surtout, l’entrée dans le S&P 500 n’est pas automatique. Elle dépend d’un comité, qui cherche notamment à préserver la représentativité, la stabilité et l’équilibre sectoriel de l’indice.
Cette approche explique pourquoi certaines sociétés très connues peuvent attendre avant d’intégrer le S&P 500. Le cas de Tesla reste emblématique : l’entreprise a fait son IPO en 2010 et était devenue une très grande capitalisation avant son entrée dans l’indice en décembre 2020, mais son inclusion a été conditionnée par les critères de profitabilité et par la décision du comité.
Dans le cas d’une future IPO de SpaceX, le S&P 500 serait donc probablement plus lent que le Nasdaq-100 ou MSCI. Sa philosophie est différente car il privilégie la stabilité et la sélection par comité plutôt que la réactivité immédiate.
Ce que cela signifie pour un investisseur Yomoni
Pour un investisseur, l’hypothèse SpaceX permet surtout de comprendre comment fonctionne réellement la gestion indicielle. Tant qu’une société reste privée, elle n’entre pas directement dans les grands indices actions cotés.
Après une IPO, l’exposition dépend des indices détenus. Une société peut entrer rapidement dans certains indices, plus lentement dans d’autres, ou ne pas y entrer si elle ne remplit pas les critères nécessaires.
Chez Yomoni, les portefeuilles sont construits avec des ETF selon des règles de long terme, de maîtrise des coûts et de transparence. Si une entreprise comme SpaceX devenait cotée puis suffisamment grande, liquide et investissable pour intégrer les grands indices suivis par les ETF utilisés dans les portefeuilles, l’exposition pourrait apparaître progressivement. Mais elle dépendrait des méthodologies des fournisseurs d’indices, pas d’une décision discrétionnaire. Par ailleurs, dans la plupart de nos allocations, nous privilégions les indices MSCI, et parfois le S&P500 pour certaines parts couvertes. Toutefois, nous n’utilisons pas de manière stratégique les ETF indexés sur le Nasdaq-100, bien que les entreprises de cet indice puissent se retrouver dans les autres indices.
Une inclusion de SpaceX ne peut garantir une performance du portefeuille et dépendra de la stratégie de chaque indice.
Conclusion
Une introduction en Bourse de SpaceX serait un événement majeur et historique. Mais pour les investisseurs indiciels, la question centrale ne serait pas seulement sa valorisation. Elle serait aussi de savoir quand cette valeur rentrerait dans leur portefeuille.
Le Nasdaq-100 peut accélérer l’examen d’une grande IPO, mais encadre son poids tant que le flottant est limité. MSCI applique une logique similaire, fondée depuis longtemps sur la capitalisation flottante ajustée. Le S&P 500 reste plus prudent, plus discrétionnaire, et probablement plus lent.
Trois indices, trois méthodologies, trois vitesses d’inclusion.
Les supports d'investissement présentent un risque de perte en capital puisque leur valeur est sujette à fluctuation, à la hausse comme à la baisse, dépendant notamment de l'évolution des marchés financiers.
