Chaque lundi, notre équipe de Gestion analyse et commente les marchés financiers. Quelle est la situation sur la semaine passée ? Quelles actualités faut-il retenir?
Source : @Bloombeg LP
Macroéconomie
- Aux Etats-Unis, l'inflation globale a été publiée conformément aux attentes, en hausse de 0,4% sur le mois d'août, soit 3,4% en rythme annuel. Mais l'inflation sous-jacente (hors alimentation et énergie) croît quant à elle de 0,3% en août contre 0,2% attendu. Elle s'établit comme attendu à 2,4% en rythme annuel.
- Les prix à la production pour le mois d'août s'établissent en hausse de 0,4% comme attendu, alors que ceux de juillet ont été révisés légèrement à la hausse, en croissance de 0,1% contre 0% précédemment annoncé. En revanche, les prix à la production sous-jacents s'établissent en hausse de 0,2%, légèrement sous les attentes de 0,3%.
- L'estimation préliminaire de l'indice du Michigan fait ressortir des anticipations d'inflation à 1 an qui s'envolent à 4,6% contre 4,0% attendu et 4% le mois dernier. Les anticipations d'inflation à 5 ans ressortent également en hausse à 3,4% contre 3,3% en août et 3,3% attendu. L'indice de confiance des consommateurs recule fortement, en passant de 51,7 à 47,8 contre 51,0 attendu. La composante « anticipations » chute plus violemment encore, de 50,5 attendus à 45,8.
- Les ventes de logements existants pour le mois d'août ressortent à 3,98 millions de logements, soit relativement stable par rapport aux 4,06 millions du mois de juillet.
- Le GDPNow de la Fed d'Atlanta diminue et passe de 4,7% à 4,4% comme prévision de croissance aux Etats-Unis pour le troisième trimestre.
- En zone euro, la troisième estimation de la croissance au T2 a été publiée à 0,6% contre 0,4% lors de la précédente publication.
- Pas de surprise en Allemagne concernant l'inflation, avec un indice des prix à la consommation qui augmente de 0,2% en août, soit 2,9% en rythme annuel.
- Le Royaume-Uni fait mieux qu'attendu en termes de croissance. Celle-ci a été publiée en croissance de 0,4% en juillet contre 0% attendu, soit une croissance en rythme annuel de 1,6% contre 1,0% attendu. La production manufacturière, qui était attendue en hausse de 0,2% en juillet, est bien plus dynamique avec une croissance de 0,9% sur le mois, soit 2,6% en rythme annuel. De même, la production industrielle, qui était attendue en contraction de 0,2%, croît finalement de 0,2% en juillet.
- Au Japon, la croissance au deuxième trimestre a été actualisée à 0,4%.
- En Chine, l'excédent de la balance commerciale s'améliore encore plus que les attentes ne le laissaient supposer, en raison d'un accroissement des importations plus faible qu'attendu. La balance commerciale s'établit ainsi à 119 milliards de dollars en août contre 118,6 milliards attendus et 112,5 milliards de dollars en juillet.
- L'indice des prix à la consommation augmente de 0,4% en août, soit une inflation en rythme annuel à 0,8%. En revanche, les prix à la production ressortent légèrement au-dessus des attentes, à 3,8% contre 3,5% en juillet et 3,6% attendu.
Banques centrales
- La BCE, comme prévu, a relevé ses taux directeurs de 0,25%, avec un taux de dépôt qui passe à 2,5%. La décision a été prise à l'unanimité et Christine Lagarde a même qualifié cette décision comme étant une évidence, sous-entendant ainsi qu'il n'y a pas eu de débat au sein du Conseil des gouverneurs. La présidente a également rappelé que la banque centrale resterait dépendante des données pour décider de la suite de la politique monétaire. Le diagnostic sous-jacent de cette décision est que le choc d'offre énergétique est toujours très important, qu'il pousse donc l'inflation à la hausse et que l'économie est plus solide que prévue, avec une activité soutenue. Si aujourd'hui il n'y a pas d'effets de second tour visibles (c'est-à-dire que l'inflation ne se transmet pas aux salaires, ce qui pourrait ensuite entretenir une boucle inflationniste), cette résilience de l'économie pourrait en provoquer. Concernant les mesures d'anticipations d'inflation à long terme, la plupart de ces mesures montrent une inflation à 2%, ce qui permet à la BCE de rester graduelle et de ne pas se précipiter. Le communiqué n'en est pas moins ressorti plus restrictif qu'attendu : la BCE y indique que l'inflation devrait rester nettement au-dessus de sa cible pendant une période prolongée, et Christine Lagarde n'a fermé la porte à aucune hausse supplémentaire.
- Concernant les prévisions pour les prochaines réunions de politique monétaire de la BCE, les marchés estiment que la BCE relèvera ses taux lors des deux prochaines réunions, de 0,25% le 29 octobre avec une probabilité de 62% et une nouvelle fois le 17 décembre avec une probabilité de 52,7%.
- Du côté de la Fed, les chiffres d'inflation de vendredi dernier semblent rendre compliqué un discours qui consisterait à attendre avant d'augmenter les taux. Après avoir rappelé à Jackson Hole que la priorité de la Fed était la lutte contre l'inflation, les chiffres de vendredi ne donnent pas de signaux laissant penser que celle-ci se redirigerait vers la cible de 2%. Les chiffres d'emploi de la semaine précédente étaient particulièrement bons et discréditeraient également l'idée d'attendre pour soutenir l'emploi, le deuxième mandat de la Fed. Reste l'option de dire que les taux d'intérêt sur les marchés font déjà le travail sans que la Fed ait besoin de mener une politique monétaire plus restrictive. C'est une possibilité, mais cela risquerait de peser sur la crédibilité de l'institution.
- D'après l'outil CME FedWatch, les marchés donnent désormais une probabilité de près de 90% pour une hausse des taux lors de la réunion de mercredi. À notre sens, la réunion du 28 octobre semble trop proche des élections américaines pour anticiper une décision sans risquer d'être accusé de jouer un rôle politique. En revanche, les marchés anticipent une nouvelle hausse des taux en décembre puis au moins une en mars 2027.
Performances de la semaine
- Les taux sont de plus en plus sous tension et la baisse s'accélère globalement sur les marchés actions, même si elle reste très modérée. Les actions internationales limitent ainsi leur perte à 0,7% en euros et 0,9% en devises locales. Les actions japonaises et les actions émergentes, toutes deux en euros, ont eu une performance stable sur la semaine, alors que les actions américaines perdent 0,6% en euros et les actions de la zone euro 0,9%.
- Sur le plan sectoriel, en performances en euros, les trois secteurs mondiaux les mieux orientés sont évidemment encore et toujours l'énergie (+2,1%), les valeurs télécoms (+1,5%) et les valeurs technologiques, qui ne reculent que de 0,1%. À l'opposé, les actions de la consommation discrétionnaire reculent de 1,4%, les matériaux de 2,5% et la santé de 3,7%.
- Du côté des obligations, les taux longs s'enflamment, avec un taux 10 ans américain qui passe de 4,78% à 4,98% sur la semaine, avec un plus haut à 4,991% vendredi. Sur la seule journée de jeudi, il a même progressé de 10 points de base. Les 5% sur le 10 ans ont tenu, mais pourraient bien être dépassés la semaine prochaine. Le taux 30 ans américain est quant à lui à 5,35%. Le 10 ans allemand passe de 3,34% à 3,50%, avec un plus haut à 3,52% vendredi. Le spread OAT-Bund est à 95 points de base ; le seuil symbolique des 100 points de base d'écart entre les deux pays est à portée de main.
- Du côté des matières premières, la situation au Moyen-Orient semble de plus en plus difficile, entre la fermeture de l'oléoduc Est-Ouest, qui transportait quotidiennement environ 5% de la production mondiale de pétrole, et l'avancée des Houthis. Cette fermeture fait suite à des attaques de drones lancés depuis le territoire irakien, non revendiquées à ce stade et attribuées par plusieurs sources à des milices pro-iraniennes implantées en Irak, lesquelles démentent. De plus, les Houthis ont pris l'île de Perim (Mayun), juste à l'entrée du détroit de Bab el-Mandeb, ce qui conduit également à des tensions dans la mer Rouge. Le pétrole bondit de nouveau d'environ 9% et finit la semaine juste sous la barre des 105 dollars le baril pour le Brent, après un plus haut à près de 108 dollars. L'or, quant à lui, souffre de la hausse des taux et recule d'environ 1,5%.
- Enfin, sur le marché des changes, l'euro-dollar bouge peu et passe de 1,1616 à 1,16 sur la semaine.
À suivre cette semaine
- L'événement de la semaine sera évidemment la réunion de la Fed mercredi, où le marché attend désormais une hausse des taux directeurs de 0,25%.
- Aux Etats-Unis, nous suivrons également l'évolution des ventes au détail, l'indice manufacturier de la Fed de Philadelphie, ainsi que l'évolution de la production industrielle en août. Sur le front de l'immobilier en août, nous prendrons également connaissance des mises en chantier, des chiffres préliminaires sur le nombre de permis de construire déposés ainsi que des promesses de vente de logements. Enfin, nous aurons également des actualisations du GDPNow de la Fed d'Atlanta.
- En zone euro, nous connaitrons le dernier chiffre d'inflation ainsi que l'inflation en France. L'évolution des salaires au deuxième trimestre dans la zone euro sera également intéressante pour valider l'absence de mécanisme de second tour de l'inflation pour le moment.
- Sur le front de l'activité, nous surveillerons également l'indice ZEW du sentiment économique en Allemagne et en zone euro, ainsi que l'évolution de la production industrielle en juillet dans la zone euro.
- Au Royaume-Uni, nous connaitrons l'inflation et l'évolution des prix à la production. Nous prendrons également connaissance du taux de chômage et de l'évolution salariale au Royaume-Uni.
- Au Japon, nous prendrons connaissance de l'inflation.
- En Chine, nous suivrons particulièrement le taux de chômage en août ainsi que l'évolution de la production industrielle et des ventes au détail.
- Enfin, sur le front des banques centrales, en plus de la hausse anticipée de la Fed, nous attendons entre autres un statu quo de la Banque d'Angleterre et une hausse de 0,25% du taux directeur de la Banque du Japon.
