Tout le monde a le même rêve : acheter une action juste avant qu'elle monte, la revendre juste avant qu'elle baisse. Sur le papier, c'est imparable. Dans la réalité, presque personne n'y parvient durablement, et surtout pas ceux qui le promettent sur les réseaux.
En réalité, la question intéressante n'est donc pas "comment prévoir les cours". C'est de comprendre pourquoi c'est si difficile, et ce que ça change pour votre façon d'investir.
Car paradoxalement, admettre qu'on ne peut pas prévoir les cours a quelque chose de libérateur, plutôt que décourageant. Parce que la bonne stratégie, on va le voir, n'a jamais eu besoin de prévoir quoi que ce soit.
Le prix sait déjà ce que vous savez
Commençons par le cœur du problème.
Le cours d'une action, à un instant donné, reflète déjà tout ce que les acheteurs et les vendeurs savent sur l'entreprise. Bons résultats, mauvaise nouvelle, rumeurs, perspectives : tout ce qui est public est immédiatement intégré dans le prix par des millions d'intervenants.
Prenez un match de football dont le score s'affiche en direct. Le score est nul. À la 85e minute, un but est marqué : “1-0”. Au moment où vous le voyez, tout le monde le voit en même temps que vous. Impossible de parier sur le gagnant avec un avantage : il est déjà connu de tous et les cotes se sont ajustées instantanément. La bourse fonctionne de la même façon. Dès qu’une information devient publique, le prix l'a déjà digérée. Il y a deux siècles, les cavaliers couraient annoncer les nouvelles aux spéculateurs, aujourd’hui, nous sommes à l’échelle de la milliseconde.
Ce principe, l'idée que les marchés intègrent vite l'information disponible, est nommée l’efficience des marchés. Elle a valu un prix Nobel d'économie à son théoricien, Eugene Fama. Pour gagner en anticipant, il faudrait savoir quelque chose que personne d'autre ne sait, et y arriver encore et encore.
À court terme, le prochain mouvement est un tirage à pile ou face
Vient alors une question légitime : si le prix intègre tout, qu'est-ce qui le fait bouger ensuite ? La réponse est dérangeante : des informations nouvelles, par définition imprévisibles. Si elles étaient prévisibles, elles seraient déjà dans le prix.
Conséquence : à court terme, le prochain mouvement d'un cours ressemble à un lancer de pièce. Vous pouvez tomber juste une fois, deux fois, comme on peut faire trois "pile" d'affilée. Mais ça ne prouve aucun talent, juste de la chance. Et c'est là que le piège se referme : réussir une prévision ne suffit pas. Pour gagner vraiment, il faudrait recommencer à chaque décision, pendant des années, sans jamais se tromper durablement.
Un coup de génie isolé ne construit pas un patrimoine ; il faudrait avoir raison encore et encore, toute sa vie d'investisseur. Personne n'a jamais tenu cette série. Ce caractère imprévisible tient à la nature même du marché, et non à un défaut ou à une quelconque manipulation. Il s'applique à tout le monde, du débutant au gérant de fonds.
La preuve par les pros : même eux n'y arrivent pas
Si prévoir les cours était possible, ce sont les professionnels qui devraient y exceller. Ils ont les équipes, les données, les ordinateurs, et travaillent à temps plein sur le sujet.
Chaque année, l'étude SPIVA de S&P compare les fonds gérés activement à leur indice de référence. Le constat est constant, sur tous les marchés : sur dix ans, la grande majorité des fonds actifs font moins bien que leur indice. Pire, ceux qui surperforment une période ne sont presque jamais les mêmes la période suivante : une étude complémentaire de S&P, le SPIVA Persistence Scorecard, montre qu'un fonds gagnant a ensuite à peu près autant de chances de bien faire qu'un tirage à pile ou face.
Autrement dit, la performance passée d'un fonds ne dit rien de la suivante. Si des experts professionnels suréquipés, n'y arrivent pas durablement, le pari de l'investisseur individuel qui s'y essaie le soir après le travail part avec un handicap considérable.
Le piège du timing : ce que coûte le fait d'essayer
Pire encore : essayer de deviner le bon moment coûte de l'argent, et c'est mesuré. Quand on suit le comportement réel des investisseurs, on constate qu'ils gagnent en moyenne moins que les fonds dans lesquels ils investissent, simplement parce qu'ils entrent et sortent au mauvais moment.
Les analyses de Morningstar chiffrent cet écart autour de 1 à 1,7 % par an sur le long terme dans l'étude "Mind the Gap".
Pourquoi ce gâchis ? À cause de réflexes humains très ordinaires. Quand un marché vient de chuter, la peur pousse à vendre. Quand il monte depuis des mois, l'enthousiasme pousse à acheter au plus haut. On extrapole le passé récent comme s'il allait continuer, et on surestime sa propre capacité à sentir le marché.
Le baromètre annuel de l'épargne de l'AMF observe d'ailleurs ces mêmes réflexes chez les épargnants français : ce ne sont pas des travers américains, ce sont les nôtres. Vouloir prévoir, ce n'est pas seulement inutile : ça déclenche les pires décisions au pire moment.
Trois raisons pour lesquelles le "bon coup" évident n'existe presque jamais
- S'il était évident, tout le monde le verrait, et le prix se serait déjà ajusté.
- Ce qui fait bouger les cours demain, ce sont des nouvelles qu'on ne connaît pas encore aujourd'hui et que l'on ne pouvait anticiper.
- Réussir une fois relève de la chance ; réussir systématiquement n'a jamais été observé sur la durée.
La bonne nouvelle : pas besoin de prévoir pour réussir
Voici le retournement, et c'est là que tout s'éclaire. Tout ce qui précède concerne le court terme, l'imprévisible. Mais sur 15 ou 20 ans, l'histoire est différente. Un portefeuille largement diversifié, investi dans des centaines d'entreprises à travers le monde, a historiquement progressé sur les longues durées, porté par la croissance économique globale, malgré les crises qui le secouent en chemin.
La leçon est simple. Ce qui est imprévisible, c'est le cours de demain. Ce qui l'est beaucoup moins, c'est qu'en restant investi, diversifié et patient, on capte cette tendance de long terme.
John Bogle, le fondateur de Vanguard et inventeur du fonds indiciel, le résumait d'une image : au lieu de chercher l'aiguille dans la botte de foin, achetez toute la botte de foin. Plutôt que de parier sur les bonnes entreprises, possédez-les toutes. La stratégie gagnante ne consiste donc pas à deviner les hauts et les bas. Elle consiste à ne pas avoir à les deviner : diversifier largement, rester investi, et tenir le cap quand les autres paniquent.
À quoi ressemble une stratégie qui ne parie pas
C'est exactement la logique de la gestion pilotée telle que nous la pratiquons chez Yomoni. Nous ne parions pas sur le bon moment, parce que personne ne le connaît. Nous construisons une allocation diversifiée, principalement sur des ETF qui suivent de larges paniers d'entreprises, adaptée à votre horizon et à votre tolérance au risque, et nous la tenons dans la durée. Vous pouvez d'ailleurs comparer les résultats de cette approche sur notre comparateur de performances.
L'idée n'est pas de promettre de battre le marché chaque trimestre, mais de capter ce qu'il offre sur le long terme, sans saboter le résultat par des allers-retours émotionnels et des frais trop élevés.
La vraie compétence, c'est de ne pas avoir à prévoir
Passé un certain niveau d'ancienneté sur les marchés financiers, on comprend que la vraie compétence en bourse n'a jamais été de prédire l'avenir. C'est de bâtir une stratégie qui n'en a pas besoin. Une fois qu'on a compris ça, on arrête de chercher la boule de cristal, et on commence enfin à investir sereinement.
Investir comporte un risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
