Entre argent de poche versé sans grille claire et vrais chiffres soigneusement cachés à table, la rentrée révèle un malaise bien français face à l'argent en famille : on veut transmettre les bons réflexes, mais on n'ose pas montrer la réalité du budget. Résultat : une génération qui grandit au rythme du sans-contact et du paiement en un clic, sans toujours saisir ce que ces gestes invisibles représentent vraiment.
Les chiffres clés
- 47 % des parents doutent que leur enfant comprenne vraiment la valeur de l'argent, à l'heure où le liquide disparaît
- 57 % des parents d'ados ne leur fixent toujours pas de budget défini
- Seuls 13 % des parents jouent la transparence totale sur les vrais chiffres du foyer, alors que 70 % en parlent
- 32 % des ados reçoivent plus de 30 € d'argent de poche par mois, contre seulement 7 % des plus jeunes
- 21 % seulement des parents se sentent pleinement légitimes pour transmettre les bons réflexes financiers à leurs enfants
« Les parents ne savent pas toujours quelles règles instaurer. Le vrai sujet n'est pas de savoir si un enfant reçoit 5, 10 ou 50 euros par mois, mais ce qu'il apprend à en faire. Ce qui nous frappe dans cette enquête, c'est que beaucoup de parents veulent transmettre les bons réflexes financiers tout en reconnaissant eux-mêmes leurs limites.
À l'heure du sans-contact, des achats en un clic et de l'argent de plus en plus invisible, nous devons au contraire le rendre concret : expliquer les arbitrages, apprendre à gérer un budget, à différer une dépense et à épargner pour un projet. L'autonomie financière ne commence pas au premier salaire : elle se construit bien avant. »
Tom Demaison, Directeur de la communication de Yomoni
Argent en famille : on en parle, mais on cache encore les vrais chiffres
70 % des parents déclarent aborder les questions de salaires, de budgets ou de factures avec leurs enfants, mais seuls 13 % ne leur cachent pas la vérité et leur donnent les vrais chiffres. Pour les ados, 83 % en parlent, mais seuls 24 % jouent la transparence totale.
Argent de poche : l'inégalité femmes-hommes commence-t-elle dès l'enfance ?
Bonne nouvelle, une majorité de parents (56 % pour les enfants et 51 % pour les ados) versent le même argent de poche à âge égal, aussi bien pour les filles que les garçons.
Mais quand un écart existe, il penche presque toujours du même côté. En effet, chez les parents d'ados, le garçon touche plus dans 9 % des cas… contre 3 % seulement pour la fille. Les réflexes financiers genrés semblent se transmettre parfois sans même y penser.
Les enfants comprennent-ils la valeur de l’argent non liquide ?
À l'heure du sans-contact et du tout numérique, 47 % des parents (51 % chez les enfants et 43 % chez les ados, en cumulant les réponses négatives) doutent que leur enfant ou ado saisisse vraiment la véritable valeur de l'argent. Ainsi, près d'un sur cinq (19 %) affirme même que, pour lui, la carte bancaire est « magique » et illimitée. Et côté ados, 18 % des parents avouent n'avoir jamais abordé le sujet.
Le mérite ne paie (presque) pas
Le modèle « effort-récompense » reste très marginal en France puisqu’à peine un parent de jeune enfant sur dix conditionne l'argent de poche aux tâches ménagères ou aux bonnes notes. Cependant, la règle se structure avec l'âge car le montant fixe et sans condition bondit de 27 % chez les enfants à 43 % chez les ados, tandis qu'un quart des familles continuent de donner « au coup par coup ».
Le passage à l'adolescence fait exploser le budget
Côté argent de poche, tout change à l’adolescence. En effet, près d'un tiers des ados (32 %) reçoivent plus de 30 € par mois, contre à peine 7 % des plus jeunes. De ce fait, la proportion d'enfants recevant plus de 30 € par mois est ainsi plus de quatre fois supérieure à l’adolescence.
Une éducation financière compliquée
À peine un parent sur cinq (21 %) se dit pleinement légitime pour apprendre la gestion de l'argent à ses enfants. La grande majorité (58 %) « fait avec ses propres limites », et près d'un sur cinq avoue soit mal gérer son propre budget, soit n'avoir jamais rien appris lui-même. L'aveu d'un savoir très approximatif qui se transmet en tâtonnant.
Attention aux paiements invisibles qui dérapent à l'adolescence
Avec les écrans, tout bascule à l'adolescence. En effet, 86 % des parents de jeunes enfants affirment qu'aucune dépense via les nouvelles technologies n'a jamais été faite sans leur accord, alors qu’ils ne sont plus que 55 % côté ados. Jeux vidéo, abonnements, achats en ligne… et même, pour 3 % d'entre eux, des paris ou jeux d'argent en ligne, les écrans sont une source problématique pour les finances.
Épargne des enfants : l'envie est là mais la méthode manque
Tous les parents veulent préparer l'avenir de leurs enfants… mais peinent à passer à l'acte. Ainsi, ils sont plus nombreux à en rêver sans y parvenir (37 % « aimeraient mais n'en ont pas les moyens ») qu'à épargner régulièrement (23 %). Et parmi ceux qui ont ouvert un livret, près d'un quart (22 %) n'y mettent finalement que peu ou rien.
Méthodologie
Enquête réalisée en ligne selon la méthode CAWI du 21 au 28 août 2026 auprès de 3 600 parents résidant en France et ayant au moins un enfant âgé de 6 à 17 ans. L’échantillon comprend deux sous-populations de taille équivalente : 1 800 parents interrogés au sujet d’un enfant âgé de 6 à 11 ans et 1 800 parents interrogés au sujet d’un adolescent âgé de 12 à 17 ans. Les répondants ont été recrutés à partir du panel BuzzPress France, composé de 27 700 personnes, et sollicités par invitations électroniques ainsi que par des canaux de recrutement sur Facebook et LinkedIn. La structure de l’échantillon a été contrôlée selon la méthode des quotas, notamment sur le sexe, l’âge, la catégorie socioprofessionnelle, la région et la catégorie d’agglomération, afin de refléter au mieux la population étudiée.
Les résultats ont fait l’objet d’un redressement statistique par pondération et calage sur marges à partir de données socio-démographiques de référence issues notamment de l’INSEE. Des contrôles qualité ont été appliqués afin de garantir la fiabilité des réponses : vérification de l’unicité des répondants, exclusion des questionnaires incomplets, détection des réponses incohérentes et contrôle de la qualité globale des données. Les données ont été collectées et traitées conformément aux dispositions applicables du RGPD.
