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Tout comprendre à la chute des cryptos après le piratage de Binance

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Tout comprendre à la chute des cryptos après le piratage de Binance

Semaine noire pour les cryptomonnaies. La valeur totale du marché est passée de 2 800 à 2 700 milliards de dollars entre le 25 octobre et le 1er novembre. Sur les 300 plus grandes cryptos, 265 ont baissé sur la semaine. Le bitcoin est tombé sous 77 000 dollars, l'ether sous 2 250 dollars. Au départ, il y a un piratage record : 6,3 milliards de dollars volés à Binance, la première plateforme d'échange au monde. Pourquoi ce vol fait-il baisser tout le marché ? Vos cryptos sont-elles vraiment en sécurité ? Votre argent serait-il mieux protégé dans une banque ? Voici les réponses en cinq questions.

1. Qui a volé qui ?

Commençons par les faits. Jeudi 29 octobre au soir, heure française, des pirates ont vidé une partie des portefeuilles de Binance, la première plateforme d'échange de cryptos au monde. Le butin atteint environ 6,3 milliards de dollars, répartis entre plusieurs cryptos, dont de l'ether et du bitcoin. C'est le plus gros vol jamais enregistré dans l'univers des cryptos.

Qui est derrière ? Le FBI attribue le vol à la Corée du Nord, tout comme plusieurs sociétés spécialisées dans l'analyse des blockchains, dont TRM Labs. Selon TRM Labs, l'attaque est l'œuvre de TraderTraitor, une unité de pirates nord-coréens. Le FBI tenait déjà ce groupe pour responsable du vol de 1,5 milliard de dollars subi par la plateforme Bybit en 2025.

Les premières victimes sont les clients de Binance. Ils sont très nombreux : la plateforme revendique 323 millions d'inscrits dans plus de 100 pays. Dès jeudi soir, elle a gelé les échanges et les retraits. Pendant plus de deux jours, ses clients n'ont donc plus pu vendre ni récupérer leurs cryptos, alors même que les cours chutaient. Les retraits n'ont rouvert que dimanche 1er novembre, et seulement par étapes.

Les épargnants français sont moins concernés. Binance n'a pas obtenu l'agrément européen MiCA, obligatoire depuis le 1er juillet 2026. Depuis cette date, elle ne peut plus proposer ses services dans l'Union européenne : ses quelque 2 millions de clients français peuvent seulement retirer leurs avoirs.

Binance affirme que ses clients ne perdront rien. Elle s'est engagée à ce que les pertes « ne soient pas répercutées sur les utilisateurs ». Une partie des clients a quand même préféré partir : environ 3,6 milliards de dollars sont sortis de la plateforme dans les heures qui ont suivi la réouverture.

Qui va payer ? Binance elle-même, qui devient la deuxième victime. Pour reconstituer les fonds, la plateforme puise dans sa trésorerie, dans son fonds de garantie et dans son fonds d'assurance. Le 1er novembre, elle affirmait avoir déjà remplacé 95 % des cryptos volées. Sa codirigeante, Yi He, a reconnu que la plateforme « aurait dû investir davantage dans la sécurité plus tôt ».

Une partie du butin pourrait être récupérée. Environ 3 milliards de dollars ont été gelés (on verra comment dans la question 4). Mais gelé ne veut pas dire récupéré.

Enfin, il y a les victimes collatérales : tous les investisseurs en cryptos, sur toutes les plateformes, qui ont vu les cours chuter dans la foulée. C'est l'objet de la question 2.

À retenir : les clients de Binance ont été bloqués plus de deux jours, mais la plateforme s'est engagée à payer la facture.

2. Pourquoi un piratage fait-il baisser tout le marché ?

Le jour de l'attaque, presque tout le marché a plongé. Le BNB, la crypto maison de Binance, a perdu environ 8 %. L'ether a reculé de près de 6 % et le bitcoin de près de 5 %. Les jetons de la finance décentralisée, comme Aave ou Uniswap, ont chuté de plus de 10 %.

Sur l'ensemble de la semaine, la baisse touche la plupart des grandes cryptos.

Crypto

Ce que c'est

Cours au 31 octobre 2026

Variation sur 7 jours

Cardano (ADA)

Blockchain concurrente d'Ethereum

0,20 $

-6,4 %

Solana (SOL)

Blockchain concurrente d'Ethereum

96,34 $

-5,6 %

Ether (ETH)

Deuxième crypto mondiale, socle de nombreuses applications

2 246 $

-5,2 %

Bitcoin (BTC)

Première crypto mondiale

77 290 $

-4,0 %

BNB

Crypto de la plateforme Binance

708,61 $

-3,6 %

Dogecoin (DOGE)

Crypto inspirée d'un mème internet

0,08 $

-2,4 %

XRP

Crypto dédiée aux paiements internationaux

1,26 $

-2,0 %

Source : CoinMarketCap, cours relevés le 31 octobre 2026, via Cryptoticker. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.

Les petites cryptos ont davantage souffert. Selon le média spécialisé Bloomingbit, 265 des 300 plus grandes cryptos ont baissé sur la semaine, de 9,2 % en moyenne. C'est souvent le cas sur ces marchés : quand la peur s'installe, les investisseurs se replient sur les cryptos les plus grosses, jugées moins risquées. Quelques rares cryptos ont tout de même progressé sur la période.

Trois mécanismes expliquent cette contagion à tout le marché.

Le premier, c'est la confiance. Quand elle vacille, beaucoup d'investisseurs se souviennent de FTX, la plateforme qui a fait faillite en 2022 en bloquant l'argent de ses clients. Par prudence, ils vendent ou retirent leurs fonds.

Le deuxième, c'est la peur d'une fuite des clients. Quand les retraits ont rouvert le 1er novembre, 3,6 milliards de dollars sont sortis de Binance en moins de dix heures. Le chiffre impressionne. Il ne représente pourtant que 2,1 % des actifs de la plateforme, et le mouvement est resté ordonné.

Le troisième, c'est l'effet de levier. Beaucoup d'investisseurs en crypto achètent avec de l'argent emprunté. Si le prix baisse trop, la plateforme vend automatiquement leurs positions pour se rembourser : c'est une liquidation. Ces ventes forcées font baisser le prix, ce qui déclenche d'autres liquidations. C'est l'effet boule de neige.

Les chiffres le montrent : le soir du piratage, plus de 600 millions de dollars de positions ont été liquidées en une heure seulement.

À retenir : sur les cryptos, une mauvaise nouvelle se propage vite, car beaucoup d'investisseurs achètent à crédit.

3. Le piratage explique-t-il à lui seul la chute ?

Non. Le piratage a surtout accéléré une baisse déjà en cours. En octobre, la valeur totale du marché crypto a reculé d'environ 10 %, de 3 000 à 2 700 milliards de dollars. L'ether a perdu plus de 15 % en un mois, le bitcoin 7,5 %. Trois facteurs économiques pèsent sur l'ensemble des cryptos.

Le premier, ce sont les taux d'intérêt. Le 28 octobre, la banque centrale américaine, la Fed, a maintenu ses taux entre 3,75 % et 4 %. Mais deux de ses membres votaient déjà pour une hausse, et les marchés jugent très probable une hausse en décembre. Or la plupart des cryptos ne rapportent aucun intérêt. Quand un placement sans risque rapporte davantage, elles deviennent moins attractives.

Le deuxième, c'est le pétrole. Avec les tensions autour de l'Iran, le prix du baril reste élevé. Un pétrole cher fait monter les prix, donc l'inflation. Et une inflation élevée pousse les banques centrales à garder des taux hauts.

Le troisième, c'est la tech. Alphabet, la maison mère de Google, a perdu plus de 12 % en une séance après ses derniers résultats. Les investisseurs doutent de la rentabilité des milliards dépensés dans l'intelligence artificielle. Le lendemain, vendredi 30 octobre, le Nasdaq a reculé de près de 3 %.

Pourquoi la tech entraîne-t-elle les cryptos ? Parce que les deux sont souvent achetées par les mêmes investisseurs, ceux qui acceptent de prendre des risques. Quand ils deviennent prudents, ils vendent les deux en même temps. Le bitcoin a longtemps été présenté comme un « or numérique », une valeur refuge. Cette semaine encore, les cryptos ont plutôt évolué comme des actifs à risque, dans le sillage des valeurs technologiques.

À retenir : le piratage a fait déborder le vase, mais le vase était déjà plein.

4. Vos cryptos sont-elles vraiment en sécurité ?

On présente souvent la technologie des cryptos, la blockchain, comme ultra-sécurisée. C'est en partie vrai : le protocole du bitcoin, par exemple, n'a jamais été compromis à grande échelle depuis sa création en 2009. Le point faible, ce sont surtout les plateformes où l'on achète et conserve ses cryptos.

Pour le comprendre, il faut savoir où elles sont rangées. Les cryptos sont stockées dans des portefeuilles numériques, qui s'ouvrent avec une clé secrète. Celui qui détient la clé peut déplacer les fonds. Le portefeuille « froid » est déconnecté d'internet : il est très sûr, mais peu pratique. Le portefeuille « chaud » est connecté en permanence, pour traiter au quotidien les achats, ventes et retraits des clients. C'est ce portefeuille chaud que les pirates ont vidé chez Binance.

Une fois les cryptos parties, impossible d'annuler l'opération : une transaction sur une blockchain est irréversible. Seule exception, les stablecoins, ces cryptos adossées au dollar comme l'USDT ou l'USDC. Leur émetteur peut bloquer des jetons à distance. C'est ainsi qu'environ 3 milliards de dollars volés ont pu être gelés.

Binance a promis de rembourser ses clients. Mais elle le peut parce qu'elle est le numéro un mondial, avec des réserves considérables. Son fonds de garantie, appelé SAFU, est habituellement d'environ 1 milliard de dollars, loin des 6,3 milliards volés. Elle a dû puiser dans sa propre trésorerie pour combler l'écart. Toutes les plateformes ne disposent pas de telles réserves.

L'histoire des cryptos le montre. En 2014, Mt. Gox, alors première plateforme mondiale, a perdu environ 850 000 bitcoins à la suite de piratages. Ses clients ont attendu dix ans avant les premiers remboursements. En 2022, la faillite de FTX a bloqué les fonds de ses clients. Ils n'ont commencé à être remboursés qu'en 2025, sur la base des cours de 2022, sans profiter de la hausse intervenue depuis.

Le cadre progresse tout de même. Le règlement européen MiCA impose aux plateformes agréées de séparer juridiquement les cryptos de leurs clients de leurs propres actifs. Elles sont aussi responsables des pertes causées par un incident qui leur est imputable, comme un piratage, dans la limite de la valeur de marché des cryptos perdues. Mais cette protection ne vaut que pour les plateformes agréées, dont l'AMF publie la liste sur son site. Et si la plateforme n'a pas les moyens de payer, aucun fonds public ne prend le relais.

À retenir : la technologie des cryptos est solide, mais la plateforme reste le maillon faible. En cas de piratage, votre remboursement dépend de sa bonne volonté et de ses moyens.

Les crypto-actifs sont des actifs très volatils, qui présentent un risque de perte totale ou partielle du capital investi. N'y consacrez qu'une somme dont la perte ne remettrait pas en cause vos projets.

5. L'argent est-il mieux protégé dans une banque traditionnelle ?

Le cadre y est beaucoup plus protecteur. Et la première raison n'est pas celle qu'on croit : ce n'est pas d'abord une affaire de fonds de garantie, mais de règles de fonctionnement.

Prenons votre compte courant ou votre livret. Si un pirate détourne de l'argent par une opération que vous n'avez pas autorisée, le Code monétaire et financier oblige votre banque à vous rembourser. Elle doit le faire au plus tard à la fin du jour ouvré suivant votre signalement. Vous disposez de 13 mois pour contester l'opération. La banque peut toutefois refuser si elle soupçonne une fraude, ou en cas de négligence grave de votre part, par exemple si vous avez communiqué vos codes.

Prenons maintenant votre compte-titres ou votre PEA. Comme le rappelle l'AMF, vos titres sont conservés par votre établissement, mais vous en restez seul propriétaire : ils n'entrent pas dans son bilan. En cas de faillite, ils vous sont donc en principe restitués, et vous pouvez les transférer dans un autre établissement.

Les banques sont en outre étroitement surveillées par l'ACPR, le superviseur français, et doivent détenir des fonds propres importants pour faire face aux coups durs.

Les garanties publiques n'interviennent qu'en dernier recours, si l'établissement fait faillite.

Placement

En cas d'opération frauduleuse

En cas de faillite de l'établissement

Comptes et livrets bancaires

Remboursement des opérations non autorisées contestées sous 13 mois, sauf fraude ou négligence grave du client

Fonds de garantie des dépôts et de résolution (FGDR) : jusqu'à 100 000 € par client et par établissement

Livret A, LDDS, LEP

Même règle que ci-dessus

Garantie de l'État : jusqu'à 100 000 € par client, en plus du plafond précédent

Actions et fonds (compte-titres, PEA)

Les titres restent la propriété du client, l'établissement doit les protéger

Titres restitués au client ; FGDR jusqu'à 70 000 € par client et par établissement s'ils ne peuvent pas l'être. Espèces du PEA couvertes par la garantie des dépôts

Assurance-vie

L'assureur reste tenu de ses engagements ; la valeur des unités de compte varie à la hausse comme à la baisse

Fonds de garantie des assurances de personnes (FGAP) : jusqu'à 70 000 € par assuré et par assureur

Cryptos sur une plateforme agréée MiCA

Responsabilité de la plateforme si l'incident lui est imputable, dans la limite de la valeur de marché

Cryptos des clients séparées de celles de la plateforme ; aucun fonds de garantie public

Sources : AMF, La finance pour tous, ESMA – MiCA, article 75.

À retenir : dans une banque, le client victime d'une fraude est protégé par la loi, et les garanties publiques servent de dernier filet. Sur une plateforme crypto, même agréée, aucun fonds public ne prend le relais si elle ne peut pas payer.

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Avertissement : cet article est publié à titre d'information. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation d'achat ou de vente. Les crypto-actifs sont des actifs très volatils, qui présentent un risque de perte totale ou partielle du capital investi. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Données arrêtées au 3 novembre 2026.

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