Chaque lundi, notre équipe de Gestion analyse et commente les marchés financiers. Quelle est la situation sur la semaine passée ? Quelles actualités faut-il retenir?
Source : @Bloombeg LP
Macroéconomie 🔎
- Aux États-Unis, le chiffre prévisionnel de la croissance montre une activité qui se maintient avec une croissance à 2 % contre 2,3 % attendu et 0,5 % au dernier trimestre 2025.
- L’indice des prix à la consommation des ménages, le core PCE, s’établit comme attendu en hausse à 3,2 % pour le mois de mars contre 3 % en février.
- L’indicateur de confiance du Conference Board du mois d’avril surprend et passe de 92,2 à 92,8 alors qu’il était attendu en baisse à 89,0.
- L’indice PMI manufacturier de l’ISM reste stable à 52,7 alors qu’il était attendu en légère hausse à 53,1.
- Les chiffres prévisionnels des commandes de biens durables traduisent une activité économique plus forte que prévue, avec une croissance de 0,8 % contre 0,5 % attendu. De même, les commandes de biens durables core progressent de 0,9 % contre 0,4 % attendu.
- Attendues légèrement en baisse, les mises en chantier pour le mois de mars augmentent finalement et passent de 1,356 million (février révisé) à 1,502 million, plus haut depuis décembre 2024. En revanche, les chiffres prévisionnels des permis de construire traduisent un net repli, passant de 1,538 million à 1,372 million contre 1,40 million attendu. C’est le plus fort recul mensuel depuis novembre 2022.
- En zone euro, l’inflation prévisionnelle d’avril continue de progresser et passe de 2,6 % à 3 %, légèrement au-dessus du consensus (2,9 %). L’inflation sous-jacente, en revanche, ressort comme attendu en baisse, passant de 2,3 % à 2,2 %. La croissance de la zone euro ralentit et passe de 0,2 % à 0,1 % pour le premier trimestre.
La croissance française est quant à elle nulle sur ce premier trimestre. - Au Japon, le taux de chômage, attendu stable, augmente et passe de 2,6 % à 2,7 %. L’inflation s’établit à 1,5 % pour le mois d’avril (CPI Tokyo). À noter toutefois que le core CPI de Tokyo (hors aliments frais) ralentit à 1,5 % contre 1,7 % en mars et 1,8 % attendu, un signal qui éclaire la prudence d’Ueda malgré les dissensions au Board.
- En Chine, le PMI composite du mois d’avril traduit un ralentissement en passant de 50,5 à 50,1. Si le PMI manufacturier ralentit moins qu’attendu, passant de 50,4 en mars à 50,3 contre des estimations à 50,1, le non-manufacturier passe de 50,1 à 49,4, repassant en territoire de contraction.
- Au niveau des résultats, la semaine aura vu défiler, en deux séances, six entreprises clés dans le contexte : cinq poids lourds du secteur de la technologie (Alphabet, Microsoft, Amazon, Meta et Apple) ainsi que TotalEnergies, entreprise particulièrement exposée au conflit en Iran et au blocage du détroit d’Ormuz. Tous ont battu le consensus sur le chiffre d’affaires comme sur le bénéfice par action.
- Sur les seuls hyperscalers américains, l’addition des capex annoncés pour 2026 approche désormais les 700 milliards de dollars, en révision haussière quasi systématique d’un trimestre sur l’autre.
- Mais, une nouvelle fois, le marché ne récompense pas les investissements aveuglément. Alphabet et Amazon ont été plutôt bien accueillis parce que leurs dépenses se traduisent visiblement en revenus cloud : Google Cloud accélère à +63 % avec un carnet de commandes proche de 462 milliards de dollars, AWS retrouve une croissance de 28 %, sa plus rapide depuis près de quatre ans. À l’inverse, Microsoft a reculé d’environ 5 % et Meta de près de 7 %, sanctionnés pour avoir relevé leur enveloppe d’investissement sans que la conversion en chiffre d’affaires soit jugée à la hauteur. Apple se range dans une catégorie à part : capex en net repli, marge brute à 49,3 %, services au plus haut historique et 100 milliards de dollars de rachats d’actions supplémentaires autorisés. L’entreprise demeure particulièrement rentable et reste à l’écart, pour le moment, de la course à l’IA générative.
- Côté européen, TotalEnergies a profité d’un contexte de prix porteur tout en absorbant des pertes de production de l’ordre de 360 000 barils équivalent pétrole par jour au Moyen-Orient.
Banques centrales 💰
- La semaine aura vu se succéder les décisions de politique monétaire des quatre principales banques centrales développées. Toutes (la Banque du Japon, la Réserve fédérale américaine, la Banque d’Angleterre et la Banque Centrale Européenne) ont maintenu leurs taux inchangés.
- Si les décisions marquent la stabilité malgré le contexte de hausse des coûts énergétiques et de ralentissement de la croissance, ce qui frappe, c’est l’absence assez généralisée d’unanimité au sein des conseils de gouverneurs.
- Au sein de la Fed, quatre membres ne sont plus dans la ligne du communiqué. C’est la dissension la plus large depuis octobre 1992. Stephen Miran réclamait une baisse de 25 points de base, tandis que Beth Hammack, Neel Kashkari et Lorie Logan refusaient le biais d’assouplissement maintenu dans le communiqué. Le point que l’on attendait également concernait la décision de Jerome Powell de quitter ou non la banque centrale à l’issue de son mandat de Président. Il a annoncé qu’il resterait gouverneur, indiquant attendre la clôture définitive de l’enquête en cours sur les rénovations de la Fed avant d’envisager son départ. Kevin Warsh, dont la nomination a été validée par la commission bancaire du Sénat ce 29 avril (vote partisan 13-11), présidera donc le FOMC des 16-17 juin, sous réserve de sa confirmation en plénière attendue autour du 11 mai. Le marché continue de ne pas attendre de baisse de taux directeurs avec la réunion du 8 décembre 2027. Autant dire que d’ici là, nous aurons eu le temps d’observer beaucoup de nouveaux éléments aujourd’hui inattendus.
- À la Banque du Japon, trois membres du Board ont voté pour une hausse à 1,00 %, une triple dissension du jamais-vu sous le mandat Ueda.
- À la Banque d’Angleterre, Huw Pill, économiste en chef, a voté pour une hausse à 4,00 % alors qu’on prévoyait l’unanimité pour le statu quo.
- Seule la BCE a maintenu une décision unanime, Christine Lagarde reconnaissant néanmoins en conférence de presse que le débat avait porté sur l’option d’une hausse et que le Conseil « s’éloigne désormais clairement de son scénario central ». Pour Christine Lagarde, lors de la prochaine réunion de politique monétaire, le Conseil sera « en mesure de prendre une décision plus éclairée, soit parce que le conflit aura connu une issue, soit parce que ses conséquences seront plus claires ». Le marché estime désormais que la banque centrale devrait monter ses taux de 0,25 % de manière quasi-certaine (probabilité d’environ 90 %) lors de la réunion du 11 juin, et faire de même le 23 juillet (avec une probabilité d’environ 65 %) puis probablement le 10 septembre (avec une probabilité de 44 % seulement).
Performances 📊
- Les marchés actions ont une nouvelle fois légèrement progressé avec une performance sur la semaine de +0,6 % en euros (+0,8 % en devises locales). Ce sont les actions japonaises qui progressent le plus, avec une performance de +1,6 % en euros, suivies par les actions américaines (+0,7 %). Les actions de la zone euro progressent quant à elles de +0,2 % alors que les actions émergentes baissent de –0,7 %.
- Sur le plan sectoriel (performances en euros), les trois secteurs mondiaux les mieux orientés sont les télécommunications (+3,5 %), l’énergie (+3,3 %) et les valeurs financières (+1,2 %). À l’opposé, les matériaux sont le seul secteur qui recule (–2 %). Les valeurs technologiques sont étales et la consommation discrétionnaire progresse de +0,1 %.
- Du côté des obligations, les taux ont repris le chemin de la hausse : le 10 ans américain remonte de 4,31 % à 4,38 %, avec un point haut intra-semaine à 4,45 % le 28 avril. Le 10 ans allemand monte de 3 % à 3,03 %. Le CMS 10 ans passe de 3,03 % à 3,08 %. Le spread OAT-Bund reste globalement stable, à 66 points de base. À noter que le taux 30 ans américain flirte autour des 5 %, seuil qui historiquement a fait agir l’administration Trump afin de le faire diminuer.
- Du côté des matières premières, le pétrole progresse de plus de 3 % sur la semaine après avoir touché de nouveaux plus hauts, et l’or recule d’un peu moins de 2 %.
- Enfin, sur le marché des changes, le dollar finit la semaine stable par rapport à l’euro, autour de 1,1720.
À suivre cette semaine
- Première semaine du mois oblige, nous aurons les chiffres de l’emploi américain avec le rapport JOLTS mardi, ainsi que les créations d’emplois dans le secteur non agricole et l’évolution du taux de chômage américain vendredi. Côté américain, nous suivrons également l’évolution de la balance commerciale, l’indice PMI non manufacturier de l’ISM du mois d’avril attendu légèrement en baisse, l’évolution des commandes à l’industrie en mars (attendues en hausse de 0,5 %), ainsi que les ventes de logements neufs également en mars. Nous prendrons également connaissance des chiffres prévisionnels de la productivité du secteur non agricole au premier trimestre ainsi, en fin de semaine, des données préliminaires de l’indice du Michigan, parmi lesquelles nous nous concentrerons essentiellement sur l’indicateur de confiance des consommateurs et sur les prévisions d’inflation.
- Concernant la zone euro, nous suivrons le PMI manufacturier du mois d’avril, le PMI des services en zone euro et l’indice PMI composite de S&P Global, ainsi que l’évolution des prix à la production en zone euro et celle des ventes au détail. Au Japon, le compte rendu de la réunion de politique monétaire de la banque centrale pourra nous apporter des éléments intéressants sur l’impact du conflit en Iran, dans un contexte rare de dissension au sein du comité des gouverneurs. Enfin, les publications de résultats continueront et nous suivrons notamment avec attention les résultats de Palantir, d’AMD, de Shell et d’Engie.
